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Olivier Madiba – Startup Founder

9425_133118935938_1423172_nDécouvrez aujourd’hui le portrait d’Olivier Madiba, co-fondateur du groupe MADIA et manager du projet KIRO’O GAMES.


Bonjour Monsieur Olivier MADIBA, vous êtes le promoteur du projet KIRO’O GAMES qui se veut un studio de création de jeux vidéo, films et dessins animés inspirés des cultures et traditions africaines. Pourriez-vous  en quelques mots vous  présenter et nous parler de KIRO’O GAMES ?

Je suis MADIBA Guillaume Olivier, j’ai 28 ans et je suis né à Douala. Je suis le fils de MADIBA EDIMO Wilhem et d’EWANE SOMBE Colette. Je suis l’aînée d’une fratrie de 3 (un garçon et une fille, ils sont jumeaux). J’ai principalement grandi entre Yaoundé et Douala pour des raisons scolaires et académiques. Je suis titulaire d’une Licence en informatique de l’Université de Yaoundé 1 et co-fondateur du Groupe MADIA. KIRO’O GAMES est le premier studio professionnel de création de jeux vidéo d’Afrique Centrale. Il s’agit d’un projet que je porte depuis mes 14 ans, et j’ai pu rencontrer des passionnés (WOUAFO Hugues et YAKAN Dominique) avec qui nous avons travaillé en amateur, tout en gardant l’ambition un peu folle de devenir des professionnels du monde des jeux ludiques.

L’histoire du projet est succinctement expliquée dans cette vidéo :


Comment vous est venue l’idée créer un studio de jeux ludiques s’inspirant des mythes et cultures africaines ?

L’idée s’est constituée dans le groupe par étapes. A la mi 2012, le studio s’appelait MADIA GAME STUDIO et nous avions conçu AURION comme un simple jeu avec un héros noir. En cours de développement, nous avons commencé à penser à son look et l’idée de l’habiller avec une tenue inspirée des Massaïs (Peuple du Kenya) nous a montré le « filon » créatif que la culture africaine pouvait représenter. Nous avons donc entamé des recherches approfondies et nous avons trouvé une riche « matière première » à mettre en avant. La « chance » a voulu que je rencontre à ce moment de véritables sources d’inspiration, comme la fondation AMMAWOULI du Dr Cécile Marie Istasse –MOUSSINGA et l’œuvre MBÔMBÔLÈ de Mr Dieudonné IYODI. Nous voulions aussi rendre la pareille aux créateurs des mangas et des comics, ainsi que tous les autres game-designers qui nous ont fait rêvé avec des jeux magnifiques sur la mythologie grecque (God of War) ou japonaise (Onimusha), en apportant quelque chose à la table avec notre base culturelle.

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Vous définissez KIRO’O GAMES comme un projet de créations de jeux vidéo en exploitation une African Fantasy. Pouvez-vous nous apporter plus d’éclaircissements sur l’African Fantasy ?

L’AFRICAN FANTASY est un genre que j’ai découvert paradoxalement dans un livre de l’auteur français Jean-Christophe Chaumette, intitulé « la quête du neuvième cercle ». J’ai récemment  découverts des auteurs africains très doués sur le sujet comme Momi M’Buze qui a écrit les chroniques de l’empire Ntu.Le principe de l’African Fantasy est assez simple. Vous prenez un élément d’une culture ou mythe africain, et vous imaginez une version « extrapolée » dudit élément, un peu comme en science-fiction où l’on imagine un futur où la technologie est 1000 fois plus avancée que maintenant. Dans l’African Fantasy, vous imaginez et créez des mythes, traditions, artisanat 1000 fois plus fantasmés que maintenant.Nous avons voulu prendre encore plus d’avance sur ce concept en créant un genre complet qui en découle : le KIRO’O TALES. Il s’agira d’une African Fantasy avec des règles narratives particulières pour créer un éveil chez le joueur/lecteur, etc.

Notre génération est vulgairement qualifiée de « génération internet ». Au sein de la synergie de la jeunesse camerounaise, nous pensons que les médias dans leur ensemble doivent se responsabiliser en constituant des moteurs d’éducation et d’instruction populaire. Que pensez-vous pouvoir apporter dans ce sens à travers votre projet ?

Je suis d’accord, et dans ce sens, nous pensons à faire des jeux « intelligents » où il y aura certes de l’action, mais aussi beaucoup de thèmes qui vont semer les « graines de la conscientisation » dans l’esprit des jeunes joueurs africains.Le jeu vidéo a l’avantage de ne pas avoir généré de « blocage » dans l’esprit des jeunes africains, contrairement au  livre (à cause surtout d’un système éducatif agressif sur la question). Hélas !Le combat pour l’avènement des médias à caractère « utile » s’annonce toutefois rude dans la mesure où les médias sont soutenus par des financements capitalistes dont le seul objectif est de faire du chiffre, au-delà de leur supposé rôle d’éducation populaire. Vous conviendrez donc avec moi que dans ce monde où le scandale et l’indécent font le buzz, il devient difficile de demander à un investisseur de s’engager sur des projets de médias à bonne valeur. Le défi réel consiste à  rendre de nouveau le fait d’être « bien éduqué » plus à la mode, que le modèle du perpétuel gangster transformé en héros.

Comment envisagez-vous l’apport des mythes africains dans la construction des nouveaux modèles de pensée socio-économiques, ceux hérités de l’occident prouvant de plus en plus leurs limites ?

C’est un des principaux défis de notre génération. Créer un modèle d’évolution propre à ce que nous sommes,  qui inspirera l’ensemble de l’humanité pour que nous évoluions ensemble vers la prochaine étape.Je pars du principe qu’il n’existe pas de philosophie supérieure à une autre, et que les mythes, qu’ils soient  occidentaux, africains ou autres,  possèdent tous des limites. Par contre, en chacun d’entre eux, existe une essence particulière qui, bien exploitée au bon moment, est la solution idéologique à un problème de conscience globale. Il est donc temps de réinventer nos mythes en canalisant ce qu’ils ont de plus inspirant, pour construire une mentalité mondiale plus humaine (face à la mentalité de l’objet actuelle). Par exemple, réitérons le respect de la famille élargie, réitérons le principe de l’enfant non Roi (sans en faire un esclave) qui donnait des individus bien éduqués et intègres en lieu et place d’éternels adolescents capricieux. Réitérons le principe du respect du rôle de l’homme et de la femme qui se complètent en respectant les forces et faiblesses de chacun. Ce sont là, quelques-uns des éléments que les mythes africains enseignent, et qui peuvent constituer des sources de réflexion pour construire de nouveaux modèles de pensées et de développement propices au mieux-être des populations africaines.

Comment concevez-vous la place des jeux ludiques dans l’éveil de conscience et la réalisation de leurs compétences et énergies par les jeunes d’Afrique ?

Je répondrais en prenant l’exemple des chevaliers du zodiaque (saint seyia) chez les japonais. Ce n’était pas tout à fait un jeu vidéo, mais ce n’était pas non plus un simple dessin animé. Je suis prêt à parier que sur 100 japonais nés dans les années 1980-1990 qui sont aujourd’hui des travailleurs tenaces et rigoureux, 90 d’entre eux doivent leur « courage à pas abandonner » au fait de s’être identifié enfant à Seyia.Tout bon éducateur sait que l’enseignement humain par excellence s’accomplit quand le jeune s’identifie à un modèle positif. Ainsi, nos jeux doivent donner à nos enfants et petits-frères, des modèles de personnages courageux, des personnages qui font face à l’adversité, mais qui ont aussi le dilemme de garder le meilleur d’eux même face au pire. Il ne s’agit pas de créer des jeux de « pensée positive » mais surtout des jeux de « travail sur soi ».


Soyez créatifs tout en demeurant réalistes, il ne sert à rien d’avoir un rêve non rentable en affaire”


De manière plus large, quelle place donneriez-vous aux NTIC dans le processus  de développement de nos nations ?

Les NTIC sont des outils ; la réalité demeure que sans volonté humaine d’ordre et de cohésion, les NTIC ne changeront rien (la situation pourrait même empirer !). Un ordinateur ne fait pas de miracle, il permet juste d’améliorer la qualité et l’efficience de ce que l’on sait déjà faire. Les NTIC ne joueront un rôle moteur que si nous nous décidons d’abord à évoluer dans nos mentalités. A ce moment, nous pourrons les exploiter comme des accélérateurs de nos différents potentiels individuels et collectifs.

Où en est KIRO’O GAMES à date et quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez dans le développement de vos activités ?  Quelles sont vos ambitions pour les 2,3 prochaines années ?

Kiro’o Games est actuellement en chantier, l’ouverture est imminente et l’inauguration se fera dans les prochains jours. Nous avons eu assez d’investissement pour nous lancer, mais la procédure de vente des parts du studio est encore active. Si vous êtes intéressé, la part coûte 400 000 FCFA et peut vous rapporter 1 600 000 FCFA d’ici fin 2018 (avec un premier retour en 2014). Ecrivez-nous à contact@kiroogames.com pour obtenir plus d’informations à ce propos.

Connaissez-vous d’autres africains /camerounais ayant développé des projets du même type que le vôtre ? Y a-t-il une collaboration effective aujourd’hui entre les promoteurs de l’African fantasy ?

Il y a beaucoup de studios en Afrique du Sud et de l’Ouest qui se concentrent beaucoup plus sur le jeu mobile, et font d’ailleurs du très bon boulot. En Afrique du Nord on trouve surtout des studios qui sont des branches de grands éditeurs et studio européens (la plupart français).Au Cameroun et en Afrique Centrale, il y a d’autres jeunes camerounais qui travaillent dans le secteur mais ils sont à l’étranger, nous sommes en contact avec quelques-uns. Pour le moment, nous sommes les seuls à ce niveau de professionnalisme.

Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui souhaite entreprendre ?

Je dirais que le défi d’un entrepreneur jeune et africain est énorme. Votre travail ne consistera pas seulement à être un bon manager, mais à incarner un leader et un éducateur. Il sera capital que vous inculquiez à vos collègues votre sens du travail bien fait et de la rigueur, sans pour autant les frustrer. Un collaborateur fera la moitié de ce que son chef fait, donc mettez-vous à 40/20 pour avoir une équipe qui réalise un 20/20.De plus, ne vous lancez pas dans un domaine où vous n’avez pas de compétences techniques. Vous devez être en mesure  de continuer à porter votre projet tout seul, dans le cas où vous vous faites lâcher par l’ensemble de votre équipe. Soyez créatifs tout en demeurant réalistes, il ne sert à rien d’avoir un rêve non rentable en affaire. À Kiro’o nous simulons toujours le pire et on démontre que ça marcherait tout de même.

Ma devise personnelle est : être réaliste, c’est trouver un moyen rationnel d’atteindre un but magnifique.

Monsieur Olivier MADIBA, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.