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ISMAEL NZOUETOM – STARTUP FOUNDER

Après avoir fait ses classes au sein de grandes entreprises créatrices de logiciels telle que MICROSOFT, Ismael Nzouetom fonde en 2010 sa startup I-Dispo.

A travers cet entretien, ce trentenaire retrace son parcours  depuis l’IUT de Bandjoun à la mise en place de son application SARA. Il retrace pour nous les étapes clés de la vie d’une start-up en mettant un accent particulier sur le financement et le rôle du capital investissement.

On ne vous en dit pas plus…

L’équipe SJC 

Cédric Ketchanga – Manager Sportif

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Bonjour Monsieur Cedric Ketchanga. Vous êtes pour la jeune génération camerounaise, l’un des espoirs du Management sportif. Pourriez-vous en quelques lignes nous parler de votre parcours et de vos activités dans le domaine du football ?

Tout d’abord, je tiens à remercier la Synergie de la Jeunesse Camerounaise pour m’avoir accordé le privilège de partager mon expérience précoce avec les jeunes qui désirent entreprendre. C’est un plaisir de pouvoir répondre à vos questions.Je me nomme Cedric Ketchanga, je suis âgé de  24 ans et j’ai obtenu l’année dernière un certificat en administration des affaires à HEC Montréal. Après l’obtention de mon Baccalauréat en comptabilité, j’ai eu l’opportunité d’entrer à l’école AMOS à Paris où mon parcours de formation a été couronné par un diplôme de manager sportif. Ma principale activité consiste à recruter, former et mettre en lumière les jeunes sportifs africains afin de valoriser leurs potentiels à l’international.

Comment organisez-vous votre activité sur le continent ? Agissez-vous exclusivement à titre  d’agent de joueur ?

S’agissant de mon activité, j’ai mis sur pieds une structure de formation, à savoir l’International Football Club de Douala (I.F.C.D.). L’I.F.C.D se donne pour mission de promouvoir les jeunes  talents du continent africain, en se souciant  des règles professionnelles du  management sportif et en tenant compte des déficits des institutions en charge de notre « sport roi ».  Par le canal de notre structure, nous offrons la possibilité à des centaines de jeunes de tutoyer et de réaliser leur  rêve : devenir un joueur de football professionnel.

Quelles sont les principales qualités que vous recherchez chez ces jeunes qui constituent l’avenir du football africain ?

Nous sollicitons principalement des valeurs purement techniques et relatives au domaine de compétence du football. Pour être plus précis : nous ciblons des jeunes talents qui répondent aux critères substantiels du métier ; notamment, une bonne condition mentale, des capacités techniques avérées, la polyvalence, l’endurance, une excellente lecture du jeu et surtout une faculté  d’adaptation rapide à tout système de jeu.Je pense  que ce sont là, des qualités qui peuvent favoriser une meilleure exportation  du savoir-faire de notre football  et  je me sens honoré de faire partie intégrante de ce mouvement qui croit en l’avenir du football africain.

Lors d’une interview sur Africa 24, vous appeliez à recruter les joueurs le plus tôt possible. Comment se déroule le recrutement?

Nous procédons au recrutement des jeunes talents à partir d’une cellule composée de 3 éducateurs sportifs de renommée internationale. Ces derniers assurent la bonne marche quotidienne du projet en parcourant l’Afrique à la recherche de ces jeunes qui se démarquent grâce à leur potentiel largement au-dessus de la moyenne.

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Tenez-vous compte de l’aspect académique lors du recrutement et de la formation de ces jeunes ?

Absolument ! La formation académique constitue à notre sens une plus-value qui peut non seulement faciliter la transparence dans les procédures de départ de nos jeunes, mais aussi habiliter ces espoirs en leur donnant des outils intellectuels qui leur permettent de préparer efficacement leur après-foot dès le démarrage de leur carrière.Nous sommes pleinement conscients de la plupart des difficultés auxquelles font face les jeunes passionnés du football (pauvreté, précarité, illettrisme etc.…). Nous soumettons nos joueurs à des tests psychotechniques dès leur recrutement, ce qui nous permet de définir l’accompagnement académique nécessaire pour chacun d’entre eux.

Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans le développement de vos activités et comment les avez-vous surmontées ?

Le principal obstacle a été celui d’acquérir de la crédibilité auprès des adultes, notamment les parents des joueurs mineurs. J’ai également été confronté à un des problèmes majeurs qui mine le  sport en Afrique : La falsification des éléments de naissance des jeunes joueurs. Ces difficultés ont été surmontées grâce à la conviction et à la foi que je porte à mon projet. D’une part, j’ai brisé les barrières afin d’atteindre mes objectifs, à savoir dénicher ces jeunes talents sur l’ensemble du continent ; D’autre part, il a fallu rassurer les parents sur la qualité et le sérieux  du programme auquel leurs enfants allaient participer. Il a également fallu en parallèle,  rassurer les partenaires européens à propos de la bonne conduite des procédures administratives et la capacité d’acclimations ainsi que la potentielle marge de progression des jeunes joueurs venus d’Afrique.

A-t-il été évident pour vous, de vous faire une place dans un milieu qui semble fermé, quand on sait en plus que vous avez démarré vos activités dans le management sportif à peine âgé de 21 ans ?

Votre analyse est bien fondée. A ma sortie de l’école AMOS, l’obtention du statut d’agent de joueur  était soumise à un protocole assez strict.  Je m’estime chanceux. J’ai très vite eu l’opportunité de côtoyer les parvis du métier. Je tiens par ailleurs à remercier Monsieur Maxime NANA qui a parrainé mes ambitions et m’a initié aux rouages du management sportif.A travers son soutien, j’ai pu nouer des liens étroits avec des footballeurs de renom, et me constituer un portefeuille à la hauteur de  mes ambitions.

Lors de vos nombreux déplacements vous êtes amenés à rencontrer des joueurs prometteurs originaires de plusieurs pays. Quel  est votre jugement sur l’avenir football Camerounais ?

Selon moi, le football camerounais a un avenir prolifique. Contrairement à certains pays du continent, nous utilisons à peine 20% de notre potentiel, en raison du manque d’infrastructures et d’une DTN (Direction Technique Nationale) qui a du mal à être opérationnelle bien qu’elle soit administrativement existante. En ce sens, je crois et j’espère fortement que l’avenir du football camerounais connaitra des lendemains meilleurs, dès lors que les responsables en charge de la formation des jeunes auront aidé à résoudre ces anomalies.

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Quels conseils donneriez-vous à ces jeunes camerounais qui souhaitent incarner le Samuel Eto’o des deux prochaines décennies ?

Pour acquérir la dimension, le palmarès et l’aura d’un Samuel ETO’O, les jeunes talents doivent miser sur la discipline, une hygiène de vie saine, la persévérance, l’humilité, le sens du sacrifice et surtout la passion du métier.

En dehors du management sportif, entreprenez-vous dans d’autres secteurs d’activités ? Quelles expériences de vos activités annexes souhaiteriez-vous partager avec la jeunesse camerounaise ?

Comme tout enfant vaillant du continent africain, j’essaie d’être polyvalent.Avec le concours d’un compatriote avec qui je partage les mêmes convictions, je promeus actuellement un projet numérique dans le secteur de  l’éducation.En revisitant mon parcours jusqu’à aujourd’hui, je résumerais la réussite d’un projet entrepreneurial en une philosophie en quatre étapes :

  • Une idée engendre une entreprise ;
  • Une volonté engendre la persévérance ;
  • Le travail engendre les résultats ;
  • Les obstacles constituent des opportunités de maturation pour consolider la réussite.

Pour sensibiliser mes frères et sœurs, je les inviterai tout simplement à ne sous-estimer aucune idée née d’une problématique de leur environnement. Je leur rappelle également que l’emploi ne se trouve pas  forcément dans les bureaux des multinationales ou des PME locales. Tout besoin identifié dans son milieu de vie est une opportunité de création de richesse.

Avoir de telles responsabilités à votre jeune âge, peut sembler une tâche difficile. Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui souhaite entreprendre ?

De mon point de vu d’entrepreneur précoce, la réussite de tout projet réside en la foi que l’on  a en ce que l’on souhaite réaliser. Toute entreprise connait ses difficultés. Il est donc essentiel de croire en sa vision et de la maintenir coute que vaille pour  atteindre ses objectifs. Si je peux me permettre de le dire ainsi, la réussite se cache  derrière l’échec. Il  ne faut jamais se laisser décourager par les obstacles, encore moins abdiquer. Les obstacles ont pour but de nous fortifier dans nos certitudes et nos engagements. En somme, pour entreprendre, il ne faut jamais baisser les bras ; il faut s’inspirer du parcours de ceux qui ont réussi dans notre secteur d’activités.

 

Monsieur Cedric Ketchanga, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.

C’est moi qui vous remercie et vous encourage dans vos différentes initiatives.

Olivia MUKAM – Chef d’entreprise , Fondatrice de Harambe

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Récemment nommée au sein de Microsoft 4frika Advisory Council. Découvrez aujourd’hui Olivia Mukam. Fondatrice de HARAMBE Cameroon, elle est aussi promotrice de la PME SOLUTIONNEURS SARL.

Bonsoir Mademoiselle Olivia Mukam, vous êtes la fondatrice de HARAMBE CAMEROON et de la PME SOLUTIONNEURS SARL. Pourriez-vous en quelques lignes, vous présenter et nous dire comment vous est venue l’idée de créer votre association et votre PME ?

Je me nomme Olivia MUKAM. Je me décrirais comme une « activiste sociale » et un entrepreneur néophyte ; une camerounaise, une africaine. Ma passion est d’être serviable et utile à ma communauté, en boostant d’autres personnes autour de moi car c’est en donnant que l’on reçoit : « Giving is a living ».

C’est en partant de ce postulat que j’ai développé l’idée de créer HARAMBE en 2008. J’étais étudiante aux Etats-Unis et je participais au programme  du Harambe Entrepreneur Alliance (HEA) : Une organisation qui vise à  réunir des jeunes africains de la Diaspora désireux d’apporter de nouvelles idées et initiatives  au développement de l’Afrique. L’idée  d’Harambe Cameroun part du principe d’inciter les jeunes camerounais à trouver des solutions entrepreneuriales  en partant des problèmes quotidiens que rencontrent leurs environnements respectifs. Il s’agit d’encourager les jeunes à être des acteurs dans le processus de développement du Cameroun. Cela fait quatre ans aujourd’hui que nous œuvrons dans les lycées, collèges et facultés universitaires.

J’ai cofondée la PME « SOLUTIONNEURS » SARL  avec mon associé Charlie Wandji, expert-comptable de formation. Nous avons observé l’énorme potentiel que représentaient les étudiants d’HARAMBE CMR (de N’Gaoundéré, Bangangté, Buea, Yaoundé, à Douala), et nous avons décidé d’incarner ce que nous prêchions, en créant nous-même une entreprise. Ayant comme fondation, une base de données de plus de 500 jeunes à travers le pays,  Solutionneurs SARL a capitalisé sur le savoir-faire de jeunes compétents,  en exécutant des micro-tâches externalisées pour des entrepreneurs et PME venant des USA, UK et Nigéria. Le modèle de la PME est de soumissionner pour des projets/micro-tâches et de dispatcher le travail à un groupe de jeunes exerçant dans le domaine spécifié. Nous proposons une large palette de services : Comptabilité, traduction, logo design, data-entry, internet research, marketing de proximité, recherche légale, et autres.

Vous êtes, pour les jeunes du Cameroun, une source d’inspiration dans le domaine de l’entrepreneuriat social. Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face  dans le développement de vos activités?

Je peux humblement dire que les trois années de mon parcours en tant qu’entrepreneur au Cameroun, ont été plus qu’une école : Un réel apprentissage au quotidien. Comme l’indique notre slogan,  nous devons transformer nos problèmes en opportunités. A chaque fois que j’ai eu à rencontrer des problèmes, j’ai dû trouver la force pour m’auto-convaincre de ne pas laisser tomber !

Le premier obstacle a été celui de convaincre ces jeunes que nous souhaitions inspirer. Nous devions les encourager à s’impliquer davantage. Il fallait les persuader de croire en HARAMBE, en nos idéaux et notre modèle de développement. Nous avons organisé une multitude d’activités pour motiver les jeunes sur le terrain.

La seconde difficulté a été d’ordre logistique. Notre bureau de Yaoundé a été cambriolé à deux reprises, ce qui a considérablement ralentit notre évolution sur le plan matériel. Psychologiquement, vous devez vous remotivez pour avancer ! Nous avons ensuite fait face à des détournements multiples d’argent de la part de certains volontaires de l’organisation. Ce fût extrêmement décourageant ! Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de mes parents qui sont également  des entrepreneurs. En écoutant leur histoire, j’ai fini par me rendre compte que je n’étais même pas encore parvenu à la moitié du chemin à parcourir! J’ai donc commencé à relativiser ma situation et j’ai découvert que d’autres jeunes leaders de la société civile camerounaise rencontraient au quotidien les mêmes difficultés que les miennes.

Les témoignages des jeunes pour qui nous œuvrions, dont certains ont créé des Juniors Entreprises dans leurs universités, et d’autres utilisé l’esprit Harambe (Dynamisme et résolutions de problèmes) dans leur milieu professionnel, m’ont permis de mesurer  l’impact de nos actions.  Quelque soient les obstacles aujourd’hui, je ne pense plus qu’à mener mon projet à terme.

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En tant que leader jeunes, quelles seraient pour vous les avantages d’une collaboration entre les entrepreneurs locaux et ceux de la diaspora ?

C’est une question pertinente qui mérite d’être longuement mûrie. A travers mon organisation, j’ai réalisé que dans la dynamique que nous vulgarisons, la diaspora pourrait énormément apporter en termes de business et de rentabilité, mais aussi de tutorat- mentorat. Les membres de la diaspora se situent aux frontières de la transmission d’informations et peuvent favoriser l’entraide en  créant des réseaux !

HARAMBE a connecté des jeunes porteurs de projets à des potentiels investisseurs de la diaspora. En 2013, nous avons pu mettre en réseau en six projets à travers  la compétition « Solutionneurs2013 ». La diaspora a également besoin des jeunes locaux pour les  aider à  implémenter les projets sur le terrain.

Beaucoup d’entrepreneurs locaux œuvrent dans le noir et ne communiquent pas assez autour de leurs idées et de leurs réalisations. Je pense qu’être connecté avec la diaspora représente un avantage certain pour élargir les champs d’expression et les perspectives des entrepreneurs locaux.

Dans quels secteurs pensez-vous que les jeunes entrepreneurs camerounais devraient investir et s’investir?

Partant du principe des avantages comparatifs, je pense que le premier secteur est celui des services. Deuxièmement, il  y a le potentiel agricole camerounais qui est très peu valorisé. La demande en produits maraichers et en denrées de première nécessité dans la sous-région Afrique centrale est largement supérieure à l’offre locale. Les jeunes ont donc à leur portée  cette manne intarissable qu’est l’agriculture et peuvent en faire une source de revenus de premier plan. J’y vois même une solution concrète pour sortir de la pauvreté et pallier aux problématiques de chômage et de sous-emploi des jeunes. Cependant cela doit absolument être encadré par les pouvoirs publics.

Que pensez-vous de l’apport des TIC dans le développement de l’entrepreneuriat Jeunesse?

Beaucoup de porteurs de projets proposent des solutions TIC aux problèmes sociaux. Malheureusement, ils ne disposent pas toujours de fonds nécessaires pour peaufiner leurs projets. Les TIC sont cruciales pour accentuer et étendre  l’impact socioéconomique de l’entreprenariat jeunesse.

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Quels conseils à l’attention de ces jeunes qui veulent entreprendre aujourd’hui ?

Il faut avoir une vision claire de ce que l’on veut faire, parce que sans vision, il est difficile de surmonter les épreuves. Ici au Cameroun, il faut encore multiplier l’effort par 10 pour les jeunes et par 20 pour les femmes !

Pour cela, il faut être stratégique et méthodique :

  • Organiser sa pensée  et mettre par écrit ses idées même les plus saugrenues ;
  • Analyser le marché  et l’environnement dans lequel nous voulons exercer, même si l’analyse se fait à petite échelle. Analyser précisément (i) la demande potentielle pour le produit/service que nous voulons offrir ; (ii) être conscient de l’offre existante déjà sur le marché, c’est à dire  les concurrents ; (iii) déterminer sa plus value ;  et (iv) rechercher les partenaires d’affaires adéquats.

A Harambe, la plupart des jeunes qui viennent à nous pour le coaching ne prennent pas le temps de bien « penser leur projet ». Ils n’effectuent pas les recherches approfondies nécessaires sur leurs idées, le nom de leur entreprise, le comment du positionnement leurs produits/services. Or, ces recherches sont primordiales pour la survie de leurs projets.

En couchant ainsi son idée sur papier, en effectuant les recherches nécessaires,  en faisant une analyse approfondie du marché, le porteur de projet peut développer une maquette pour démarrer la phase pilote de son projet. Le projet-pilote doit être structuré de telle manière à générer des fonds, ou à défaut, trouver une solution alternative de financement. Il m’a par exemple fallu trois ans pour comprendre que je ne pouvais pas continuer à exclusivement compter sur les sponsors pour financer les programmes et les activités d’HARAMBE. Avec le concours d’un de nos membres comptable de formation, nous sommes parvenus à créer un modèle économique pour générer les fonds afin de soutenir les œuvres de l’ONG. Solutionneurs SARL est donc notre solution aux problèmes de financement des activités de HARAMBE Cameroun.

 

Mademoiselle Olivia Mukam, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.

Céline Victoria Fotso – Fondatrice de Je Wanda Magazine

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Bonjour Mademoiselle Céline Victoria FOTSO, vous êtes la Fondatrice de Je Wanda Magazine. Pourriez-vous  en quelques lignes vous présenter et nous dire comment vous est venue l’idée de créer ce support d’informations ?

Bonjour, merci pour cet échange. Je suis une citoyenne du monde profondément attachée à sa culture d’origine, enrichie par les rencontres, les voyages et les expériences. Je cherche à ma manière à apporter ma contribution au développement du Cameroun en particulier, et de l’Afrique en général. Je mets au service de ce rêve camerouno-africain, les quelques connaissances que j’ai pu acquérir au fil des années (Ecole de Commerce, Design de mode, Yves Saint Laurent, Smalto etc.). Je Wanda Magazine est un média interactif afropolitain de tendances et de divertissements, né il y a trois ans d’une page Facebook créée en 2009. C’est tout simplement à la volonté de la communauté des 5000 fans de l’époque, que j’ai fait évoluer ce que nous partagions sur la page, vers un magazine dont la ligne éditoriale est de parler d’une Afrique positive à travers ses nombreux jeunes talents. Nous parlons de culture, lifestyle, tech, business, mode, people etc. tout ce qui intéresse finalement la jeunesse africaine, mais aussi ceux qui aiment l’Afrique.

Vous êtes, pour la jeune génération camerounaise, une figure montante de la communication web en Afrique. Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans le développement de vos activités et comment les avez-vous surmontées ?

Vous m’en voyez flattée et honorée ! Merci pour la distinction. Ce que mon projet a de particulier est  qu’il n’était pas planifié à l’avance. Il a été spontanément créé comme je vous l’expliquais, à la demande de nos fans. Nous avons certes une certaine notoriété, peut-être même un certain succès auprès du public, mais le challenge aujourd’hui est de structurer le projet en une réelle opportunité d’affaires. En somme, il est question de finaliser notre Business Plan, de pérenniser et rentabiliser le projet à travers un business model unique. A part cela, comme pour toute start-up, nous nous sommes heurtés  au manque de moyens pour développer notre activité. J’ai bon espoir que dans un futur proche cette étape de recherche de financement sera derrière nous, afin que nous puissions pleinement déployer nos ambitions pour le magazine.

Lors d’une interview sur Télésud, vous appeliez au retour des “forces vives” et vous êtes vous-même régulièrement au Cameroun où vous travaillez à conforter l’équipe sur place. Quels seraient les avantages d’une collaboration étroite entre talents locaux et ceux de la diaspora ?

Je suis une fervente militante pour le retour des filles et fils de la Nation de tous bords. Je pense profondément que le développement de notre pays se fera à travers ses filles et fils où qu’ils soient où qu’ils vivent, tant qu’ils œuvrent main dans la main. Je crois beaucoup en ce proverbe qui dit que l’union fait la force. Collaborer est essentiel. Voyager et voir ce qui se passe ailleurs est forcément enrichissant, cela permet une ouverture d’esprit qui est primordiale en ces temps de mondialisation.  Mais au final, il faut rentrer pour mettre son savoir-faire et son savoir-être au profit du développement de notre pays.

Savoir ce qui se fait ailleurs est un plus, mais cela n’a de sens que si on connait les réalités locales. C’est en ce sens que les « talents locaux » (qui est finalement une expression que j’apprécie de moins en moins) sont indispensables car ils maîtrisent les us et les coutumes locales, ils ont le « know how » propre au Cameroun. Il n’existe aucun endroit sur terre où vous pouvez prétendre faire des affaires sans tenir compte des habitudes culturelles et professionnelles qui y sont développées. Penser l’inverse serait de l’inconscience ou de la naïveté.

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Comment entrevoyez-vous cette coopération ?

Tout d’abord je conseille à ceux de la diaspora d’avoir l’humilité d’admettre qu’ils ne connaissent pas le terrain en matière professionnelle. Connaître les adresses de Beignets/Haricot ou de « Njoka » ne suffit pas pour maîtriser l’environnement des affaires au Cameroun. De même, je dirais à ceux qui résident au Cameroun depuis toujours, d’avoir conscience qu’ils ont un savoir-faire propre au contexte camerounais, mais qu’ils gagneraient tout aussi à s’inspirer des idées qui viennent d’ailleurs. Le partage est  un facteur de développement et d’enrichissement. N’oublions pas que nous sommes tous, avant tout, camerounais dans le cœur. La coopération passe également par la connaissance et la compréhension de l’autre. Humilité et ouverture d’esprit sont pour moi les postures à adopter dans toute coopération. Venir du même pays est un plus, il serait dommage que les « clivages » entre la diaspora et les locaux deviennent un handicap. En résumé : compréhension, patience et ouverture d’esprit sont les maîtres mots.

Au cours de vos séjours au Cameroun, vous avez fait des rencontres avec de nombreux jeunes entrepreneurs et porteurs de projets. Quel est votre sentiment vis-à-vis de leurs offres ?

Je suis très heureuse de constater et de confirmer que les camerounais entreprennent. C’est une réalité certaine. Je dis toujours que posséder un call box, c’est être auto-entrepreneur. L’aspect informel de l’activité n’enlève rien à cela.

Les offres des jeunes entrepreneurs sont ambitieuses, novatrices, même si parfois peu réalistes. Mais le problème ne réside pas à ce niveau : Il faut toujours rêver grand tout en commençant petit. C’est très encourageant. Je regrette juste qu’ils ne soient pas davantage accompagnés et encadrés par l’Etat.  L’entrepreneuriat est un palliatif certain au chômage des jeunes ; nous ne pouvons pas attendre de l’Etat qu’il résorbe tout seul le chômage, mais nous souhaitons que plus de mesures soient mises en œuvre pour aider les entrepreneurs camerounais.


 

“Humilité et ouverture d’esprit sont pour moi les postures à adopter dans toute coopération.”


Dans quels secteurs pensez-vous que les jeunes entrepreneurs camerounais auraient des propositions intéressantes pour l’Afrique et le reste du monde ?

Je vais commencer par prêcher pour ma propre paroisse en parlant de l’industrie de la culture. La culture ou plus précisément les produits culturels sont sous exploités alors que la matière première est à portée de main. Elle ne demande qu’à être extraite, transformée et commercialisée. Je peux déjà noter deux secteurs prometteurs : la musique, le cinéma et leurs activités connexes (évènementiel, communication, distribution, relations publiques, médias…).

Ces deux secteurs auront un grand impact sur la mode, ou plutôt sur le textile qui pourra enfin prendre son envol. Le processus est très simple : un artiste célèbre a besoin de mettre des vêtements et d’en changer régulièrement. Il peut se faire habiller par des designers ou des marques locales. Les fans, qui ont tendance à copier les codes vestimentaires de leurs idoles,  chercheront à se procurer les vêtements correspondant au style de l’artiste. J’exhorte d’ailleurs les artistes connus et les personnalités du football qui ont une grande audience auprès des jeunes, à revêtir de temps à autres, les créations de leurs compatriotes. De même, j’encourage les designers camerounais à sortir de leur coquille en professionnalisant leur communication.

Pour finir : les TIC, l’agro-alimentaire, l’industrie cosmétique (pas les produits éclaircissants bien sûr !) ou la prestation intellectuelle de services (le conseil), sont les secteurs d’avenir.

De plus en plus d’investisseurs voudront s’implanter en Afrique dans les deux prochaines décennies. Il leur manquera le « know how ». Pour y remédier,  ils auront besoin de consultants, et ce, dans tous les domaines. Cela peut paraître paradoxal, mais en temps de mondialisation, apporter quelque chose de différent au monde est un avantage concurrentiel énorme. Il ne sert à rien de vouloir offrir une formule « copier-coller » venant d’une autre culture. Le monde veut des produits/services/solutions innovantes.  Il faut que nos entrepreneurs commencent par  distribuer ces produits à leurs compatriotes. Penser mondialisation, c’est bien.  Mais cela n’intervient à mon sens que lorsque le « public-père » est conquis.

Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui s’engage sur la voie de l’entrepreneuriat ?

Il n’existe aucun endroit sur terre où entreprendre soit facile. Il n’existe pas non plus d’environnement  où l’on devienne riche en claquant des doigts. Tout milliardaire véritable vous rappellera que seul le travail est la clé du succès. Il faut faire preuve de patience.

Il n’y a pas de « petite » idée. Mais des idées on peut en avoir 1000 ! Une idée sans plan de réalisation demeure un rêve.

Il faut donc savoir se remettre en question, développer une stratégie efficiente et se discipliner. Il faut prendre le temps de sérieusement structurer son Business Plan afin de s’assurer que l’on comprenne soi-même suffisamment bien ce que l’on souhaite faire.

« Think BIG but start small » : Il ne faut pas donner de limites à ses ambitions mais plutôt œuvrer pour atteindre ses objectifs. Quand l’objectif est clairement défini, tout se met en place au fil du temps et grâce au travail. Croyez en vous et envoyez balader ceux qui ne le font pas.

Pour voir son projet entrepreneurial aboutir,  Il faut au final être passionné parce qu’on fait. Seule la passion vous empêchera d’abandonner votre challenge en cours de route, quand vous vous sentirez débordé par les difficultés. Si vous n’êtes pas passionnés, changez de projet !

Mademoiselle Céline Victoria, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.

L’équipe SJC

Manuela EBE – Fondatrice Akouma TV

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Synergie de la Jeunesse Camerounaise lance cette semaine une campagne de célébration de nos jeunes femmes camerounaises. Nous sommes allés à la rencontre de Manuela EBE, fondatrice de AKOUMA TV. Retrouvez à travers ces quelques lignes, la genèse de Akouma TV, les expériences de Manuela et les leçons qu’elle tire de son aventure entrepreneuriale.

Bonjour Mademoiselle Manuela EBE, vous êtes la Co-Fondatrice de la Web TV AKOUMA. Pourriez-vous  en quelques lignes vous présenter et nous dire comment vous est venue l’idée de créer cette entreprise média ?

Bonjour et Merci de m’accorder cette interview. Je suis Manuela EBE EVINA, je suis titulaire d’un Master en Ingénierie Economie. J’ai toujours voulu mettre mes compétences au service de mon pays, et mon envie d’indépendance m’a poussée vers l’entrepreneuriat. Vous vous demandez sans doute comment d’une formation en Economie, je me suis retrouvée immergée dans la culture et les médias. En rentrant au Cameroun, j’ai été frappée par la crainte manifestée par mes collègues à l’étranger, face à ma décision de retourner dans mon pays natal.

Je m’explique : Pour ces derniers (en 2011), aucun avenir n’était envisageable en Afrique. Tout y était synonyme de misère, de guerre et de corruption. Je voulais montrer à travers mon aventure entrepreneuriale les choses bougent malgré tout. Je souhaitais mettre en avant  une Afrique riche, jeune et surtout innovante. Une fois le challenge lancé, je me suis associé avec une amie journaliste Andréa B., pour lancer AKOUMA TV : Une Web TV panafricaine principalement axée sur la culture.

Vous représentez, au sein de la jeune génération camerounaise, l’avenir de la Web TV au Cameroun. Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées dans le développement de vos activités ?

Merci du compliment. Vous savez, entreprendre au Cameroun relève du défi. Au-delà du manque d’appui de l’Etat pour les jeunes entrepreneurs, notre principale difficulté en ce qui concerne notre secteur d’activité demeure le capital humain. En lançant le projet, nous n’avions pas mesuré l’ampleur du manque de techniciens qualifiés en audiovisuel.  Nous espérons que d’ici quelques années, avec le développement des diverses plateformes médias qui se mettent en place, la main d’œuvre professionnelle suivra en conséquence.

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Lors d’une interview vous aviez déclaré : «Je m’engage autant pour mon pays parce qu’on ne peut pas savoir où aller en ignorant d’où l’on vient. La culture est la base de tout». Vous appeliez au retour au Cameroun des “forces vives” de la diaspora. Quels seraient les avantages d’une collaboration étroite entre talents locaux et ceux de la diaspora ?

Etablir un pont entre les jeunes du continent et ceux de la diaspora fait justement partie des objectifs visés par AKOUMA TV. Nous avons besoin de travailler main dans la main si nous voulons réellement lancer un mouvement stable : il s’agit de s’inspirer les uns des expériences des autres.

Comment entrevoyez-vous l’établissement de ces ponts d’échanges et de partage ?

La coopération ne peut être effective et productive que si les jeunes, encadrés par l’élite dirigeante, décident de  mettre en place des pôles d’orientation et d’information comme celui tout récemment créée au Ministère des Relations Extérieures.

Depuis votre retour au Cameroun, vous avez fait des rencontres avec de nombreux jeunes entrepreneurs et porteurs de projets. Quel est votre sentiment vis-à-vis de leurs offres ?

Au Cameroun, il est indéniable qu’on note un souffle positif en ce qui concerne la création d’entreprises. L’offre est hyper variée et très « new génération ». Je déplore néanmoins que des secteurs tels que l’agriculture ne soient pas suffisamment mis en valeur.

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 A ce propos, quels secteurs d’activités pensez-vous  propices à l’entrepreneuriat par les jeunes ?

Comme préalablement précisé, je pense que nous devrions  réellement encourager les jeunes à se lancer dans le secteur agricole, en multipliant les formations, les programmes d’accompagnement, et en accordant des subventions. Le secteur des services  est déjà en plein essor (restauration, hôtellerie, service à la personne…) mais devrait être plus suivi et mieux encadré si nous voulons respecter les normes internationales et proposer des offres concurrentielles dans la sous-région Afrique centrale et sur l’ensemble du continent.

 Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui souhaite entreprendre ?

De ma petite expérience, je pense qu’avant de se lancer dans la démarche entrepreneuriale, il est important de bien mûrir son idée. Lancer une entreprise, est un projet de vie, un sacrifice permanent. Plusieurs aspects doivent être pris en compte : l’absence de salaire les premières années, une vie sociale quasi inexistante, un entourage choisi avec soin ! Mais pour moi, la patience en entrepreneuriat est la base de tout. Comme nous l’entendons communément dire,  seul le travail paye. Alors, rêvons, osons et construisons.

Mademoiselle Manuela EBE, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.

Leolein WADO – Ingénieur

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Découvrez aujourd’hui le portrait de Leolein WADO JOUSSE. Ce jeune ingénieur de 26 ans, a conçu une éplucheuse à pommes de terre “made in Cameroon”. Leolein nous donne une fois de plus, l’opportunité d’exposer un génie dans la jeunesse camerounaise. A travers ce portrait, revivez  la genèse du produit, les difficultés qu’il a rencontrées mais surtout la réalisation d’un rêve.

Bonjour Leolein, avant de découvrir cette éplucheuse à pommes de terre, peux-tu  en quelques lignes te présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je me nomme WADO JOUSSE Leolein et je suis né le 19 mars 1987. J’ai commencé mes études secondaires dans l’enseignement général pour ensuite me réorienter dans l’enseignement technique, en spécialité « Fabrication mécanique ». J’ai obtenu un Baccalauréat F1 en 2008.

Au terme de ces études secondaires, j’ai été admis au concours d’entrée à l’ENSET.  Cette dernière est une école de l’Université de Douala ayant pour objectif de former les professeurs des lycées d’enseignement technique. Autrement dit, les ingénieurs pédagogues. J’y ai passé cinq années d’études et je suis donc titulaire d’un DIPET II, qui est le Diplôme de Professeur d’Enseignement Technique de deuxième grade.

Comment t’est venue l’idée de concevoir cette éplucheuse à pommes de terre ?

L’idée m’est venue quand j’ai intégré l’ENSET en 2008. J’avais pris l’habitude de me rendre au restaurant universitaire avec mon camarade Arthur Ngongang, et je m’étais rendu compte que nous commandions systématiquement les mêmes menus. Il s’agissait essentiellement de ceux composés de riz et de spaghettis. Un midi, dans les rangs pour le service, las de la routine, j’ai demandé à Arthur s’il n’est pas possible que les responsables de la cantine, pour changer, nous servent des pommes de terre.  Arthur me rappela alors qu’au vu du nombre d’étudiants que comptait l’université de Douala (33 000 à l’époque), il serait impossible d’éplucher la quantité de pommes de terre nécessaire.

De retour en classe, me rappelant que dans le cadre de l’obtention de leur diplôme, les étudiants doivent rédiger un projet qui apporte une solution aux problèmes de la société, j’ai proposé à Arthur de concevoir une machine à éplucher les pommes de terre. Réticent au départ, j’ai fini par le convaincre en lui expliquant que la mission première des ingénieurs que nous aspirions à devenir est de concevoir des systèmes mécaniques qui facilitent le quotidien de la population.  Il a adhéré à la proposition de projet et nous avons conçu et réalisé une éplucheuse à pommes de terre en 2010.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées  tout au long du processus de conception de cette machine ? 

Nous avons rencontré de nombreux obstacles. Nous n’étions que deux même si nous nous sommes fait accompagner par nos encadreurs, notamment le  Directeur Adjoint de l’ENSET,  le Professeur Ebenezer NDJEUGNA que je tiens à remercier pour avoir pris le temps de travailler avec nous.

Nous avons eu d’énormes difficultés techniques au niveau de la conception de l’abrasif qui est à l’intérieur du cylindre : nous avions pensé à un sablage alimentaire, mais nous avons eu de la peine à trouver une colle qui fasse adhérer le sable sur la paroi. Les colles généralement utilisées étant nocives pour l’organisme.

L’autre difficulté majeure a été le dispositif d’arrosage. Tel que nous avions conçu la machine, il fallait fixer un dispositif d’arrosage relié à une vanne avec un automate programmable géré par des capteurs, de manière à faire automatiquement démarrer le moteur dès que la pomme de terre  est présente dans la cuve. Etant donné l’absence de moyens financiers conséquents, nous avons abandonné cette idée pour procéder de façon mécanique.

Cette machine a donc été entièrement fabriquée à la main : du cintrage à la soudure !

Quel est le processus pour breveter une telle invention  au Cameroun ?

Le processus est simple. Nous avons eu la chance de participer aux Journées Technologiques en 2011. Pour l’occasion, il nous avait été demandé de faire une demande de brevet. Nous avons déposé la demande au Ministère des Industries, des Mines et du Développement Technologique. Le brevet nous a été accordé et nos travaux de recherche sont depuis lors subventionnés par le Ministère.

Je voudrais préciser aux jeunes étudiants inventeurs/concepteurs que nous gagnons à faire breveter nos mémoires et projets de recherche. La subvention du Ministère est de l’ordre de 65 000 Francs CFA par an pour les cinq première années, puis de 100 000 Francs CFA de la cinquième à la dixième année. Le brevet garantit une protection de la propriété intellectuelle pour 20 ans.

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Comment envisages-tu ton avenir professionnel ?

Je suis titulaire d’un DIPEG II, Diplôme de Professeur d’Enseignement Technique de deuxième grade en Fabrication mécanique. Je souhaite poursuivre un Master en Mécatronique et pourquoi pas, décrocher un Doctorat.

La mécatronique est une combinaison synergique et systémique entre l’informatique, l’électronique et la mécanique. Je veux allier l’électronique et l’informatique pour concevoir des systèmes beaucoup plus sophistiqués. Je souhaite parfaire ma formation à l’étranger et revenir au Cameroun pour monter une entreprise de fabrication de machines et de pièces pour l’industrie agroalimentaire.

S’agissant de la machine conçue, penses-tu qu’il existe une demande conséquente vis-à-vis de ton produit au Cameroun ?  

J’ai fait une étude de marché en 2010. Cette étude était axée sur les unités de restauration, d’hôtellerie, les entreprises de production de chips et les ménages. Je me suis rendu compte que cette machine est en demande par les unités de restauration, d’hôtellerie et les industries de production des chips et de biscuits.

Le volume important de la machine n’est par contre pas propice à un usage ménager. Nous avons donc entrepris de concevoir un modèle à l’attention des ménages ; il devrait être mis sur pieds sous peu.

Si le produit venait à être mis sur le marché, à quel prix envisagerais-tu sa mise en vente?

Vous savez que le prix d’un produit est fonction de la quantité demandée. Pour le moment, j’envisagerai de l’écouler à 500 000 F CFA l’unité.

As-tu rencontré des personnes/organismes qui assistent les ingénieurs dans la conception et la commercialisation de leurs produits ?  

Je n’ai pas connaissance d’une telle institution. Si jamais vous connaissez des plates-formes qui peuvent venir en aide aux  jeunes comme moi, ça me ferait énormément plaisir.

Qu’est-ce que tu pourrais attendre d’une telle plate-forme ?

J’attendrais d’une telle plate-forme qu’elle m’aide à acquérir des compétences managériales pour faire une étude de marché plus précise ; ainsi que des compétences commerciales pour m’aider à commercialiser cette machine à grande échelle.

Merci Léolein de nous avoir permis, à travers cette interview, de découvrir le génie de la Jeunesse Camerounaise.

ELYON’S – BÉDÉISTE

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Découvrez aujourd’hui la jeune et talentueuse bédéiste Elyon’s. Honoré de l’accueillir parmi nos portraits de jeunes camerounais engagés, la Synergie de la Jeunesse Camerounaise vous propose l’interview d’une demoiselle authentique, perspicace et plein d’humour.

Bonjour, Elyon’s. Pouvez-vous, vous présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, bonjour ! Alors, je m’appelle Elyon’s, je suis concepteur-rédacteur en agence de pub le jour, et auteure de Bande dessinée la nuit… Oui ! C’est vrai que ça ne me laisse pas beaucoup de temps pour dormir (rires).

 Vous êtes donc bédéiste. De quoi parlent vos histoires ?

Mes histoires abordent des thématiques diverses : la (sur)vie, l’amitié, la loyauté, l’identité, l’assimilation, les petits complexes de la vie de tous les jours. J’aime beaucoup parler des tracas de la vie quotidienne parfois avec humour, ce qui est par exemple le cas de l’un de mes personnages : Ebène Duta

Pouvez-vous nous en dire plus à propos de cette héroïne ? S’agit-il de vous-même ou d’un personnage de composition ?

Alors, Ebène Duta est une jeune fille noire qui vit en Europe. Ce n’est pas mon histoire, bien que quelques gags soient librement adaptés de certaines expériences de ma  vie privée ou de ce que j’ai pu voir autour de moi.

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 D’où vous vient la passion de la BD ? Qu’est-ce qui vous inspire de nouvelles histoires ?

Je suis passionnée depuis toute petite. Je regardais et consommais énormément les BDs et dessins animés disponibles. J’ai voulu depuis mon plus jeune âge reproduire la même chose et en faire un métier.

Vous êtes un succès du Net, mais vous ne vous faites pas accompagner par les maisons d’édition. Est-ce l’histoire de cette femme noire, au quotidien plutôt naïf et à l’humour  tout aussi simple que léger, qui rebute les maisons d’édition ou alors vous avez tout simplement DECIDE d’entreprendre ?

Ben pour dire vrai… les maisons d’éditions que j’ai contactées à l’époque (et j’en ai contacté plusieurs) m’ont fait comprendre pour diverses raisons, qu’elles ne pouvaient pas publier cette BD. C’est vrai qu’à l’époque (2011-2012), le style d’Ebène n’était pas aussi « abouti »… Elles m’ont pour la plupart recommandée de créer une page Facebook afin de directement mesurer l’accroche du public.

Vous savez de nos jours, il y a soit du sexe à outrance, soit de la violence, des magouilles “politiquo-criminello-policières” ou encore des dessous occultes et religieux dans les œuvres diverses… Dans la vie d’Ebène Duta, il n’y a  rien de tout ça. Je peux donc comprendre qu’un éditeur se soit demandé si ça pouvait réellement plaire au public.

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 Quel est donc le système de communication que vous privilégiez ?

J’ai commencé par un blog mais j’ai vite choisi l’option Facebook parce qu’elle permettait d’avoir un retour quasi-immédiat des lecteurs et une proximité plus forte avec les fans. Que ce soit en LIKE, commentaires, partages, j’ai l’impression que seul un écran nous sépare…

 Diriez-vous que le « crowdfunding » est la solution 3.0 dans le rapport entre l’offre et la demande ?

Oulaaaaa…! Je n’irai pas jusque-là. Le crowdfunding est une collecte participative dans laquelle je me suis engagée parce que les fans m’écrivaient régulièrement pour savoir où se procurer la BD et à quel prix. Je ne conseillerai à personne de s’y aventurer sans s’être sérieusement préparé. C’est un système super ! Il est toutefois moins drôle quand les gens qu’on pense « fans », n’adhèrent plus quand il s’agit de participer financièrement au projet. J’ai pris mon courage à deux mains quand nous avons passé la barre des 10 000 fans.

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A votre sens, est-ce un moyen efficient pour mobiliser les fonds, notamment pour les jeunes camerounais qui ambitionnent de s’investir le monde des affaires et de l’entrepreneuriat?

Hum…il y a encore beaucoup à faire en matière d’éducation sur la question ! Il n’est pas toujours évident de comprendre les systèmes de levée de fonds participative. Mais il faut bien commencer et que d’autres suivent, pour que l’éducation et l’appropriation de tels modes de financement se fassent plus rapidement.

 

Dans votre cas précisément, en quoi consiste l’opération de levée de fonds ? Que se passera-t-il si au soir du 20 février 2014, vous n’avez pas atteint votre objectif ?

Dans mon cas précisément, j’ai besoin de 12 500 euros / 8 200 000 frs CFA, pour produire 3 000 exemplaires de la BD ainsi que  les goodies que je souhaite faire parvenir à mes fans,  en récompense à tous ceux qui auront participé à cette aventure. L’argent est hébergé sur un site « ulule », et si je n’atteins pas la somme de 12 500 euros, le projet est annulé sur le site et l’argent remboursé à tous les participants.

 

Nous vous laissons donc User et Abuser de cette plateforme et de vos mots, de votre humour et de l’espièglerie de vos personnages ; pour lancer un appel à la mobilisation générale de la Jeunesse (du monde)…

Hahahahaha, ok… hum…hum : A toi Jeune et moins jeune, homme ou femme, enfant (passe l’ordi à ta mère, ton père, ton frère ou ta sœur parce que ce message ne te concerne pas). La vie d’Ebène Duta est bien plus qu’une BD. En participant à ce projet, tu participes à l’émergence d’une nouvelle forme d’entrepreneuriat, tu donnes de l’espoir à tous ceux qui se demandent s’ils peuvent créer un projet dans leur pays d’origine et le voir prospérer à l’international. Cette BD est publiée sur le net, et lue par des gens situés dans 40 pays dans le monde, dont 21 sur le continent africain.Donne de l’espoir, ris en lisant les gags, participe à partir de 5 euros/ 3 500 frs seulement avant le 20 Février. Ça ce sera ta Bonne Action du premier trimestre de 2014 : 😉

Quels conseils à l’attention des Bédéistes qui veulent se lancer, alors qu’en Afrique on « bédé » peu ?

On « Bédé » beaucoup en Afrique ! On ne communique juste pas assez dessus. Mais ça avance de mieux en mieux… la preuve : Qui eut cru qu’une BD noire, faite par une noire retournée dans son pays d’Afrique noire, puisse être autant lue et appréciée par toutes les peaux qu’elles soient noires ou pas? C’est aussi ça la force de ce projet qui comme tintin, lucky luke, asterix etc, dépasse la couleur de peau, connecte et rapproche les êtres.

Elyon’s, nous vous remercions pour votre temps, sans manquer de rappeler l’échéance du 20 février 2014 et le montant total de 12500€ ; sachant que vous en êtes déjà à 55 % !

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Synergie de la Jeunesse Camerounaise vous invite à participer massivement au projet novateur “La vie d’ Ebène Duta” en vous rendant   ICI

Irma – Artiste

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Découvrez aujourd’hui, l’auteur-compositrice-interprète Irma. Après la sortie de son premier album “Letter to the Lord” en 2011, Irma revient avec nous sur les étapes qui ont jalonnées son parcours.


Bonjour Irma, vous êtes une chanteuse de renommée internationale, pourriez-vous en quelques lignes vous présenter et nous dire comment vous est venue l’idée de vous lancer dans le domaine professionnel de la musique ?

Bonjour ! Je suis une auteur compositrice interprète camerounaise de 25 ans. Je suis arrivée en France il y a 10 ans pour poursuivre mes études secondaires et supérieures. Je fais de la musique depuis que j’ai l’âge de 7 ans, mais je n’avais jamais pensé à en faire mon métier. J’ai composé mes premières chansons à la guitare à 11 ans. A l’époque,  j’y abordais tout ce qui me révoltait dans mon vécu quotidien dans la ville de Douala, notamment la pauvreté accrue dans un pays pourtant si riche. Je parlais de l’état déprimant des rues, des écoles et des institutions publiques, et de l’impression qu’en tant qu’africain, nous étions comme « condamnés » à toujours rêver notre bonheur ailleurs,  alors même que je demeurais persuadée que croire en nos forces  et avoir confiance en nous serait le premier pas vers une amélioration conséquente de nos conditions de vie.

C’est donc de cette révolte positive qu’est née l’envie de chanter et d’écrire mes propres textes. Ils parlaient toujours du positif qui peut naître de chaque situation, même les pires. Mes textes étaient inspirés par ma croyance que toutes nos expériences bonnes ou mauvaises sont des étapes vers un accomplissement plus grand qui va bien au-delà de nos personnes.  Ils étaient également inspirés aussi par ma conviction en ce que nous ne pouvons pas décider de ce que nous laisseront derrière nous, et donc, il faut simplement agir positivement et se contenter de la grâce que nous avons d’être celui ou celle que l’on est.

Le grand public et les producteurs vous ont découverte sur internet, pouvez-vous nous raconter comment cela s’est fait ?

En 2007, alors que j’étais en classe préparatoire aux grandes écoles de commerce, j’ai commencé à poster des vidéos de mes compositions sur Youtube.  C’était principalement pour me détendre et pour faire découvrir mes compositions à mes proches. Les vidéos ont commencé à avoir du succès et elles ont été mises en avant sur la première page de Youtube dans plusieurs pays. C’est de la sorte que j’ai été découverte et que j’ai par la suite été signée par mon label actuel, MyMajorCompany.

Vous chantez et composez en anglais, pensez-vous à faire un album en français ?

Pour l’instant c’est l’anglais qui me vient le plus naturellement lorsque je compose. Si un jour j’éprouve le besoin d’écrire en français, je le ferai avec le même enthousiasme.

Que pensez-vous de l’évolution de la musique camerounaise ?

Question musique camerounaise, je vous avouerai être restée cantonnée à mes classiques que sont Richard Bona et André Marie Tala. Je suis également une très grande fan de Blick Bassy. J’ai un peu séché l’évolution actuelle, mais ça ce n’est pas propre qu’à la musique camerounaise, je suis très « old school » dans tous mes goûts musicaux !

Avez-vous déjà pensé à collaborer avec de jeunes artistes camerounais ?

Des jeunes de mon âge, je n’en ai pas spécialement en tête. Par contre, mon rêve serait de pouvoir collaborer avec Richard Bona ou Blick Bassy.


Ce que l’on considère comme un échec, n’est en fait qu’une étape ou une expérience enrichissante de plus.”


Comment entrevoyez-vous cette coopération ?

Sous forme de duo, un mélange d’anglais, de douala et de français. Ça pourrait être très joli et fortement représentatif de nos métissages culturels.

Quels sont vos projets à moyen terme ?

En ce moment, je termine l’enregistrement de mon 2ème album à paraître en Europe en avril 2014. Je vais commencer à tourner les clips vidéo illustrant les principaux titres de l’album,  quelques-uns de ces tournages devraient d’ailleurs se faire au Cameroun. Je prépare également la tournée qui va accompagner la sortie de l’album, des dates prévues au Cameroun. J’ai hâte !

Beaucoup de jeunes camerounais rencontrent des difficultés lorsqu’ils veulent entreprendre. Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui souhaite réaliser ses rêves ?

Dans l’éducation qui nous est donnée, on valorise beaucoup le rationalisme comme modèle de réussite. On met en avant une rigueur du monde du travail que l’on oppose à tort à la créativité et à la passion.  Je pense que le premier pas vers la réalisation de ses rêves est de se libérer de cette vision de la réussite entrepreneuriale.

Pour cela, il faut commencer par se redéfinir et se revaloriser en tant que rêveur. Aujourd’hui nous nous définissons par le travail. Cela a pour conséquences de cantonner notre esprit dans un cadre très étriqué. Il faut trouver la force se dire, tous les matins au réveil,  « mon rêve n’est pas ridicule. Cette idée qui me trotte dans la tête n’est pas utopiste. Je dois dédier chaque seconde de ma vie à la rendre réelle, car c’est en la réalisant que je me réaliserai. Si je n’y parviens pas, ce n’est pas un échec, mais une étape et une expérience de plus vers mon épanouissement ».  Il faut pouvoir se dire que si un jour on a éprouvé un besoin, alors des millions de personnes ont probablement éprouvé le même besoin. Il y a donc un concept potentiel à créer et un marché à développer autour de ce besoin.

La vision « rationalisante » tue la créativité des jeunes, car elle définit celle-ci comme étant le seul apanage des « artistes ». Dans notre éducation conservatrice africaine, l’artiste rime malheureusement avec vie dévergondée, absence de rigueur, de valeurs et de stabilité. Je m’oppose à cette pensée établie. Je pense au contraire que notre créativité, si elle est travaillée et qu’on l’a cultivée, est ce que nous avons de plus précieux et de plus humain, quel que soit notre champ de compétences. Elle est celle qui nous porte vers la réalisation de nos rêves, car elle fait ressortir notre unicité.  Pour moi, tous les hommes sont interchangeables. La seule valeur ajoutée que nous pouvons apporter à notre travail est quelque chose qui vient de notre plus profond intérieur. Notre créativité.

La créativité s’applique à tous les domaines, qu’il s’agisse du marketing, de la communication, de la technologie et même de la science. Être créatif, c’est garder son œil et son esprit ouverts à toutes les possibilités et opportunités. C’est voir avec les yeux d’un enfant, c’est ne jamais se dire « je sais », mais toujours se mettre dans la peau de celui qui ne sait rien et qui découvre en permanence.

Le modèle éducatif dont nous sommes les produits stigmatise énormément l’échec. De fait, il paralyse les jeunes dans leur volonté d’entreprendre et de créer. Il faut rentrer dans un moule, travailler pour une « grande entreprise » et gagner un salaire mensuel décent. Je pense qu’il faut en finir avec cette vision de la « réussite ». Ce que l’on considère comme un échec, n’est en fait qu’une étape ou une expérience enrichissante de plus.

Pour terminer, je dirai aux jeunes camerounais qui ont du mal à entreprendre qu’il faut avoir confiance en ses forces. Il faut se rendre compte de la force surhumaine requise pour entreprendre au Cameroun et dans tous ces pays où la conjoncture économique est si désastreuse, dans ces pays où tout semble nous pousser à n’être que de simples exécutants. Bon nombre de modèles de réussite des pays développés que nous mettons sur des piédestaux pourraient difficilement faire vivre leur affaire plus d’une semaine, dans les conditions qui sont les nôtres. Et pourtant, des milliers d’entre nous se battent au quotidien pour monter des structures qui génèrent de la richesse et des emplois pour leurs compatriotes. Nous sommes vaillants ! Nous sommes des guerriers ! Nous sommes notre seul adversaire. Continuons de toujours donner le meilleur de nous-même, il n’existe de limites que celles que l’on se fixe soi-même.

Merci  Irma de nous  avoir accordé cette interview.

Christian Ngan – Chef d’entreprise

Douala - Septembre 2013 036

Découvrez aujourd’hui le portrait de Christian Ngan, fondateur de la marque de produits cosmétiques Madlyn Cazalis. Exemple parfait du “self made man africain”, il est aussi à la tête de Goldsky Partners, société gérante de la marque.


Bonjour Monsieur Christian Ngan, vous êtes le fondateur de Madlyn Cazalis et de Goldsky Partners. Pourriez-vous en quelques lignes vous présenter et nous dire quand et comment vous est venue l’idée d’entreprendre? 

Bonjour et merci de m’avoir reçu. Je suis Christian Ngan, j’ai fondé Madlyn Cazalis, une marque de produits cosmétiques naturels, 100% africaine, destinée aux peaux noires et métissées. Nous produisons des laits de toilette, lotions, crèmes, gommages, masques, savons et sérums et luttons férocement contre les produits éclaircissants. Je suis détenteur d’une Maîtrise de Gestion et d’un Master 2 en Affaires Internationales de l’université Sorbonne, ainsi qu’un Master en Ingénierie Financière de l’EM Lyon. J’ai travaillé durant plusieurs années dans l’univers du Capital Investissement et des fusions-acquisitions. En 2012, j’ai présenté ma démission et je suis rentré au Cameroun pour créer Goldsky Partners, société qui gère la marque Madlyn Cazalis.

 

Qu’est ce qui a motivé votre choix de rentrer entreprendre au Cameroun? 

J’ai toujours eu ce besoin d’entreprendre en Afrique, cette envie d’être mon propre patron et d’investir dans des projets sur le continent. A défaut de devoir attendre 10 à 15 ans pour devenir Managing Partner d’une banque d’affaires ou d’un fonds d’investissement, je me suis demandé pourquoi ne pas réaliser mes rêves tout de suite ? J’ai donc décidé à l’âge de 28 ans, de piloter mon propre projet d’investissement. 

Pourquoi avoir choisi d’investir dans le domaine des cosmétiques? 

J’ai fait un constat amer lors de mon voyage au Cameroun en 2010 : le « décapage » faisait des ravages et je ne comprenais pas comment mes sœurs africaines pouvaient continuer à détruire leur peau de la sorte. J’ai fait un second constat, la plupart des produits vendus au Cameroun sont soit dépigmentant soit adaptés aux peaux blanches. Or l’Afrique bouge et les africains réclament de plus en plus des produits qui leur ressemblent, des produits adaptés à leur identité. J’y ai vu une opportunité d’apporter des solutions à toutes ces femmes mais également aux hommes, que l’industrie cosmétique a souvent tendance à oublier. Madlyn Cazalis a pour objectif de créer des produits de qualité dont les africains seront fiers. Nous comptons aujourd’hui plus d’une vingtaine de points de vente et notre réseau s’étend progressivement en Afrique Centrale. La société a de très grandes ambitions pour les années à venir.

 

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Vous êtes pour la jeune génération camerounaise, un exemple de « self-made man ». Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans le développement de vos activités et comment les avez-vous surmontées ? Quelle analyse feriez-vous de la demande camerounaise vis à vis de votre secteur d’activités?

Je vais sans aucun doute vous étonner, mais les principales difficultés que l’on rencontre lorsqu’on démarre une activité entrepreneuriale ne sont pas forcément celles liées aux capitaux financiers. La plus grande difficulté est de se lancer, de se donner le courage de tout laisser et repartir « à zéro ». Je dois avouer que l’environnement économique camerounais peut souvent s’avérer hostile et très négatif. On ne fait pas beaucoup confiance aux jeunes, l’atmosphère est dominée par la gérontocratie parce qu’on a cette tendance à estimer que vieillesse égale compétence, ce qui est absolument faux. L’Afrique regorge d’une quantité insoupçonnée de jeunes entrepreneurs très actifs. Dommage que les pouvoirs publics ne les encouragent pas assez. Sur le terrain, je crois que les gens ne sont pas suffisamment disposés à accueillir l’innovation et la créativité, de même, le volet administratif souvent contraignant peut  décourager quelques-uns. Personnellement je pense qu’un entrepreneur reste un entrepreneur qu’il soit au Cameroun, au Bangladesh ou en Argentine, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Je crois que la force d’un entrepreneur c’est de pouvoir s’adapter à toutes les situations peu importe les difficultés. Avec des difficultés au départ, la victoire n’est-elle pas plus belle et savoureuse ? Pour ce qui est de la demande camerounaise, elle est assez exigeante et très changeante. Les camerounais aiment bien la mode et les dernières tendances, ils ont besoin de produits de qualité dont ils sont fières, des produits pour eux, et par eux. L’Homme africain commence à prendre conscience de ses potentialités et des ravages liés aux produits décapants (peau abimée, dérèglements hormonaux, cancers etc.). L’éveil de conscience en termes de santé publique engendre donc un retour au naturel lié à la réappropriation de notre identité.

 


”  la force d’un entrepreneur c’est de pouvoir s’adapter à toutes les situations peu importe les difficultés.”

Lors d’une précédente interview, vous parliez de l’ouverture d’un centre exclusivement dédié aux produits Madlyn Cazalis, qu’en est-il? D’après vous, quels seraient les avantages d’une collaboration étroite entre talents locaux et ceux de la diaspora ?

Pour le moment, l’ouverture d’un centre n’est pas encore d’actualité. Cela faisait partie du projet initial mais nous avons opéré le choix nous concentrer sur la gestion de notre réseau de distribution préexistant. Nos clients peuvent se ravitailler chez nos Distributeur Agréé Madlyn Cazalis. Concernant les avantages d’une collaboration, les talents locaux pourront apporter à ceux de la diaspora leur maîtrise de l’environnement, et ceux de la diaspora une autre manière de voir les choses.

 Comment entrevoyez-vous cette coopération ?

Je crois qu’il ne faut pas faire la distinction entre les talents locaux et ceux de la diaspora. Nous devons former un front uni pour le développement. La division est justement ce qui nous frêne. Il faut éviter que certains jeunes de la diaspora ne prennent leurs congénères demeurés au pays de haut, et que certains locaux ne développent des complexes. Nous sommes avant tout des jeunes camerounais et l’échange doit se faire des deux côtés sans arrières pensées. La pire erreur qu’un jeune de la diaspora puisse faire en rentrant est de se dire « je sais tout parce que je suis allé en France ou aux Etats-Unis ». Tout le monde peut apprendre de l’autre, il n’existe donc pour moi aucune frontière à l’échange.

 

Etant un jeune chef d’entreprise au Cameroun, vous faites certainement des rencontres avec de nombreux jeunes entrepreneurs et porteurs de projets. Quel est votre sentiment vis-à-vis de leurs offres ?

Je suis fière de constater que ces dernières années, de plus en plus de jeunes prennent l’initiative de rentrer s’installer au pays pour y développer des projets. Depuis que je suis rentré au Cameroun en 2012, une dizaine d’amis basés en Europe ou aux Etats-Unis sont eux aussi rentrés définitivement. Depuis, j’ai dû croiser plus d’une vingtaine de jeunes comme moi qui développent des projets intéressants dans divers secteurs (santé, médias, immobilier, ressources humaines, informatique, musique etc.). Je crois qu’en créant des synergies nous pourrons aller très loin. Lorsqu’on est seul on va vite, lorsqu’on est en groupe on va loin. Vous devez connaître cette citation.

Dans quels secteurs de l’économie pensez-vous que les jeunes entrepreneurs camerounais auraient des propositions intéressantes pour l’Afrique et le reste de la planète ?

Je crois que les secteurs ne manquent pas, d’autant plus qu’on observe un manque de solutions créatives dans notre environnement des affaires. Nous avons un manque cruel d’infrastructures, de systèmes efficaces de santé, d’activités culturelles (le Cameroun ne compte plus aucun cinéma par exemple, une honte !), d’activités à fortes intensité capitalistiques, d’agro-industries. De nombreuses opportunités s’offrent aux jeunes entrepreneurs camerounais et africains mais il faut bien penser son projet et bien évaluer les risques avant de se lancer même si un secteur semble très alléchant à première vue.

 

Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui souhaite entreprendre ?

Avant tout, j’encouragerai chaque jeune à bien penser son projet avant de se lancer, mais une fois tous les éléments en tête, lancez-vous immédiatement. L’attente ; l’immobilisme et la procrastination sont les ennemis de l’entrepreneur. Foncez et ne vous dites pas que c’est l’argent qui fera votre projet. C’est le projet qui fait l’argent et non le contraire. Il vous faudra certes un apport minimum, mais j’incite les jeunes à apprendre à commencer à l’échelle 0 et à croître progressivement. Ne vous laissez pas polluer par les critiques mais soyez à l’écoute des conseils, soyez humbles et apprenez chaque jours. Laissez votre orgueil, les dépenses futiles et la théorie de côté. Un seul mot : « foncez » !

 

Merci de nous avoir accordé cette interview.