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ISMAEL NZOUETOM – STARTUP FOUNDER

Après avoir fait ses classes au sein de grandes entreprises créatrices de logiciels telle que MICROSOFT, Ismael Nzouetom fonde en 2010 sa startup I-Dispo.

A travers cet entretien, ce trentenaire retrace son parcours  depuis l’IUT de Bandjoun à la mise en place de son application SARA. Il retrace pour nous les étapes clés de la vie d’une start-up en mettant un accent particulier sur le financement et le rôle du capital investissement.

On ne vous en dit pas plus…

L’équipe SJC 

Olivia MUKAM – Chef d’entreprise , Fondatrice de Harambe

Photo - Olivia MUKAM 1

Récemment nommée au sein de Microsoft 4frika Advisory Council. Découvrez aujourd’hui Olivia Mukam. Fondatrice de HARAMBE Cameroon, elle est aussi promotrice de la PME SOLUTIONNEURS SARL.

Bonsoir Mademoiselle Olivia Mukam, vous êtes la fondatrice de HARAMBE CAMEROON et de la PME SOLUTIONNEURS SARL. Pourriez-vous en quelques lignes, vous présenter et nous dire comment vous est venue l’idée de créer votre association et votre PME ?

Je me nomme Olivia MUKAM. Je me décrirais comme une « activiste sociale » et un entrepreneur néophyte ; une camerounaise, une africaine. Ma passion est d’être serviable et utile à ma communauté, en boostant d’autres personnes autour de moi car c’est en donnant que l’on reçoit : « Giving is a living ».

C’est en partant de ce postulat que j’ai développé l’idée de créer HARAMBE en 2008. J’étais étudiante aux Etats-Unis et je participais au programme  du Harambe Entrepreneur Alliance (HEA) : Une organisation qui vise à  réunir des jeunes africains de la Diaspora désireux d’apporter de nouvelles idées et initiatives  au développement de l’Afrique. L’idée  d’Harambe Cameroun part du principe d’inciter les jeunes camerounais à trouver des solutions entrepreneuriales  en partant des problèmes quotidiens que rencontrent leurs environnements respectifs. Il s’agit d’encourager les jeunes à être des acteurs dans le processus de développement du Cameroun. Cela fait quatre ans aujourd’hui que nous œuvrons dans les lycées, collèges et facultés universitaires.

J’ai cofondée la PME « SOLUTIONNEURS » SARL  avec mon associé Charlie Wandji, expert-comptable de formation. Nous avons observé l’énorme potentiel que représentaient les étudiants d’HARAMBE CMR (de N’Gaoundéré, Bangangté, Buea, Yaoundé, à Douala), et nous avons décidé d’incarner ce que nous prêchions, en créant nous-même une entreprise. Ayant comme fondation, une base de données de plus de 500 jeunes à travers le pays,  Solutionneurs SARL a capitalisé sur le savoir-faire de jeunes compétents,  en exécutant des micro-tâches externalisées pour des entrepreneurs et PME venant des USA, UK et Nigéria. Le modèle de la PME est de soumissionner pour des projets/micro-tâches et de dispatcher le travail à un groupe de jeunes exerçant dans le domaine spécifié. Nous proposons une large palette de services : Comptabilité, traduction, logo design, data-entry, internet research, marketing de proximité, recherche légale, et autres.

Vous êtes, pour les jeunes du Cameroun, une source d’inspiration dans le domaine de l’entrepreneuriat social. Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face  dans le développement de vos activités?

Je peux humblement dire que les trois années de mon parcours en tant qu’entrepreneur au Cameroun, ont été plus qu’une école : Un réel apprentissage au quotidien. Comme l’indique notre slogan,  nous devons transformer nos problèmes en opportunités. A chaque fois que j’ai eu à rencontrer des problèmes, j’ai dû trouver la force pour m’auto-convaincre de ne pas laisser tomber !

Le premier obstacle a été celui de convaincre ces jeunes que nous souhaitions inspirer. Nous devions les encourager à s’impliquer davantage. Il fallait les persuader de croire en HARAMBE, en nos idéaux et notre modèle de développement. Nous avons organisé une multitude d’activités pour motiver les jeunes sur le terrain.

La seconde difficulté a été d’ordre logistique. Notre bureau de Yaoundé a été cambriolé à deux reprises, ce qui a considérablement ralentit notre évolution sur le plan matériel. Psychologiquement, vous devez vous remotivez pour avancer ! Nous avons ensuite fait face à des détournements multiples d’argent de la part de certains volontaires de l’organisation. Ce fût extrêmement décourageant ! Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de mes parents qui sont également  des entrepreneurs. En écoutant leur histoire, j’ai fini par me rendre compte que je n’étais même pas encore parvenu à la moitié du chemin à parcourir! J’ai donc commencé à relativiser ma situation et j’ai découvert que d’autres jeunes leaders de la société civile camerounaise rencontraient au quotidien les mêmes difficultés que les miennes.

Les témoignages des jeunes pour qui nous œuvrions, dont certains ont créé des Juniors Entreprises dans leurs universités, et d’autres utilisé l’esprit Harambe (Dynamisme et résolutions de problèmes) dans leur milieu professionnel, m’ont permis de mesurer  l’impact de nos actions.  Quelque soient les obstacles aujourd’hui, je ne pense plus qu’à mener mon projet à terme.

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En tant que leader jeunes, quelles seraient pour vous les avantages d’une collaboration entre les entrepreneurs locaux et ceux de la diaspora ?

C’est une question pertinente qui mérite d’être longuement mûrie. A travers mon organisation, j’ai réalisé que dans la dynamique que nous vulgarisons, la diaspora pourrait énormément apporter en termes de business et de rentabilité, mais aussi de tutorat- mentorat. Les membres de la diaspora se situent aux frontières de la transmission d’informations et peuvent favoriser l’entraide en  créant des réseaux !

HARAMBE a connecté des jeunes porteurs de projets à des potentiels investisseurs de la diaspora. En 2013, nous avons pu mettre en réseau en six projets à travers  la compétition « Solutionneurs2013 ». La diaspora a également besoin des jeunes locaux pour les  aider à  implémenter les projets sur le terrain.

Beaucoup d’entrepreneurs locaux œuvrent dans le noir et ne communiquent pas assez autour de leurs idées et de leurs réalisations. Je pense qu’être connecté avec la diaspora représente un avantage certain pour élargir les champs d’expression et les perspectives des entrepreneurs locaux.

Dans quels secteurs pensez-vous que les jeunes entrepreneurs camerounais devraient investir et s’investir?

Partant du principe des avantages comparatifs, je pense que le premier secteur est celui des services. Deuxièmement, il  y a le potentiel agricole camerounais qui est très peu valorisé. La demande en produits maraichers et en denrées de première nécessité dans la sous-région Afrique centrale est largement supérieure à l’offre locale. Les jeunes ont donc à leur portée  cette manne intarissable qu’est l’agriculture et peuvent en faire une source de revenus de premier plan. J’y vois même une solution concrète pour sortir de la pauvreté et pallier aux problématiques de chômage et de sous-emploi des jeunes. Cependant cela doit absolument être encadré par les pouvoirs publics.

Que pensez-vous de l’apport des TIC dans le développement de l’entrepreneuriat Jeunesse?

Beaucoup de porteurs de projets proposent des solutions TIC aux problèmes sociaux. Malheureusement, ils ne disposent pas toujours de fonds nécessaires pour peaufiner leurs projets. Les TIC sont cruciales pour accentuer et étendre  l’impact socioéconomique de l’entreprenariat jeunesse.

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Quels conseils à l’attention de ces jeunes qui veulent entreprendre aujourd’hui ?

Il faut avoir une vision claire de ce que l’on veut faire, parce que sans vision, il est difficile de surmonter les épreuves. Ici au Cameroun, il faut encore multiplier l’effort par 10 pour les jeunes et par 20 pour les femmes !

Pour cela, il faut être stratégique et méthodique :

  • Organiser sa pensée  et mettre par écrit ses idées même les plus saugrenues ;
  • Analyser le marché  et l’environnement dans lequel nous voulons exercer, même si l’analyse se fait à petite échelle. Analyser précisément (i) la demande potentielle pour le produit/service que nous voulons offrir ; (ii) être conscient de l’offre existante déjà sur le marché, c’est à dire  les concurrents ; (iii) déterminer sa plus value ;  et (iv) rechercher les partenaires d’affaires adéquats.

A Harambe, la plupart des jeunes qui viennent à nous pour le coaching ne prennent pas le temps de bien « penser leur projet ». Ils n’effectuent pas les recherches approfondies nécessaires sur leurs idées, le nom de leur entreprise, le comment du positionnement leurs produits/services. Or, ces recherches sont primordiales pour la survie de leurs projets.

En couchant ainsi son idée sur papier, en effectuant les recherches nécessaires,  en faisant une analyse approfondie du marché, le porteur de projet peut développer une maquette pour démarrer la phase pilote de son projet. Le projet-pilote doit être structuré de telle manière à générer des fonds, ou à défaut, trouver une solution alternative de financement. Il m’a par exemple fallu trois ans pour comprendre que je ne pouvais pas continuer à exclusivement compter sur les sponsors pour financer les programmes et les activités d’HARAMBE. Avec le concours d’un de nos membres comptable de formation, nous sommes parvenus à créer un modèle économique pour générer les fonds afin de soutenir les œuvres de l’ONG. Solutionneurs SARL est donc notre solution aux problèmes de financement des activités de HARAMBE Cameroun.

 

Mademoiselle Olivia Mukam, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.

Leolein WADO – Ingénieur

Leolein

Découvrez aujourd’hui le portrait de Leolein WADO JOUSSE. Ce jeune ingénieur de 26 ans, a conçu une éplucheuse à pommes de terre “made in Cameroon”. Leolein nous donne une fois de plus, l’opportunité d’exposer un génie dans la jeunesse camerounaise. A travers ce portrait, revivez  la genèse du produit, les difficultés qu’il a rencontrées mais surtout la réalisation d’un rêve.

Bonjour Leolein, avant de découvrir cette éplucheuse à pommes de terre, peux-tu  en quelques lignes te présenter à nos lecteurs ?

Bonjour, je me nomme WADO JOUSSE Leolein et je suis né le 19 mars 1987. J’ai commencé mes études secondaires dans l’enseignement général pour ensuite me réorienter dans l’enseignement technique, en spécialité « Fabrication mécanique ». J’ai obtenu un Baccalauréat F1 en 2008.

Au terme de ces études secondaires, j’ai été admis au concours d’entrée à l’ENSET.  Cette dernière est une école de l’Université de Douala ayant pour objectif de former les professeurs des lycées d’enseignement technique. Autrement dit, les ingénieurs pédagogues. J’y ai passé cinq années d’études et je suis donc titulaire d’un DIPET II, qui est le Diplôme de Professeur d’Enseignement Technique de deuxième grade.

Comment t’est venue l’idée de concevoir cette éplucheuse à pommes de terre ?

L’idée m’est venue quand j’ai intégré l’ENSET en 2008. J’avais pris l’habitude de me rendre au restaurant universitaire avec mon camarade Arthur Ngongang, et je m’étais rendu compte que nous commandions systématiquement les mêmes menus. Il s’agissait essentiellement de ceux composés de riz et de spaghettis. Un midi, dans les rangs pour le service, las de la routine, j’ai demandé à Arthur s’il n’est pas possible que les responsables de la cantine, pour changer, nous servent des pommes de terre.  Arthur me rappela alors qu’au vu du nombre d’étudiants que comptait l’université de Douala (33 000 à l’époque), il serait impossible d’éplucher la quantité de pommes de terre nécessaire.

De retour en classe, me rappelant que dans le cadre de l’obtention de leur diplôme, les étudiants doivent rédiger un projet qui apporte une solution aux problèmes de la société, j’ai proposé à Arthur de concevoir une machine à éplucher les pommes de terre. Réticent au départ, j’ai fini par le convaincre en lui expliquant que la mission première des ingénieurs que nous aspirions à devenir est de concevoir des systèmes mécaniques qui facilitent le quotidien de la population.  Il a adhéré à la proposition de projet et nous avons conçu et réalisé une éplucheuse à pommes de terre en 2010.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées  tout au long du processus de conception de cette machine ? 

Nous avons rencontré de nombreux obstacles. Nous n’étions que deux même si nous nous sommes fait accompagner par nos encadreurs, notamment le  Directeur Adjoint de l’ENSET,  le Professeur Ebenezer NDJEUGNA que je tiens à remercier pour avoir pris le temps de travailler avec nous.

Nous avons eu d’énormes difficultés techniques au niveau de la conception de l’abrasif qui est à l’intérieur du cylindre : nous avions pensé à un sablage alimentaire, mais nous avons eu de la peine à trouver une colle qui fasse adhérer le sable sur la paroi. Les colles généralement utilisées étant nocives pour l’organisme.

L’autre difficulté majeure a été le dispositif d’arrosage. Tel que nous avions conçu la machine, il fallait fixer un dispositif d’arrosage relié à une vanne avec un automate programmable géré par des capteurs, de manière à faire automatiquement démarrer le moteur dès que la pomme de terre  est présente dans la cuve. Etant donné l’absence de moyens financiers conséquents, nous avons abandonné cette idée pour procéder de façon mécanique.

Cette machine a donc été entièrement fabriquée à la main : du cintrage à la soudure !

Quel est le processus pour breveter une telle invention  au Cameroun ?

Le processus est simple. Nous avons eu la chance de participer aux Journées Technologiques en 2011. Pour l’occasion, il nous avait été demandé de faire une demande de brevet. Nous avons déposé la demande au Ministère des Industries, des Mines et du Développement Technologique. Le brevet nous a été accordé et nos travaux de recherche sont depuis lors subventionnés par le Ministère.

Je voudrais préciser aux jeunes étudiants inventeurs/concepteurs que nous gagnons à faire breveter nos mémoires et projets de recherche. La subvention du Ministère est de l’ordre de 65 000 Francs CFA par an pour les cinq première années, puis de 100 000 Francs CFA de la cinquième à la dixième année. Le brevet garantit une protection de la propriété intellectuelle pour 20 ans.

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Comment envisages-tu ton avenir professionnel ?

Je suis titulaire d’un DIPEG II, Diplôme de Professeur d’Enseignement Technique de deuxième grade en Fabrication mécanique. Je souhaite poursuivre un Master en Mécatronique et pourquoi pas, décrocher un Doctorat.

La mécatronique est une combinaison synergique et systémique entre l’informatique, l’électronique et la mécanique. Je veux allier l’électronique et l’informatique pour concevoir des systèmes beaucoup plus sophistiqués. Je souhaite parfaire ma formation à l’étranger et revenir au Cameroun pour monter une entreprise de fabrication de machines et de pièces pour l’industrie agroalimentaire.

S’agissant de la machine conçue, penses-tu qu’il existe une demande conséquente vis-à-vis de ton produit au Cameroun ?  

J’ai fait une étude de marché en 2010. Cette étude était axée sur les unités de restauration, d’hôtellerie, les entreprises de production de chips et les ménages. Je me suis rendu compte que cette machine est en demande par les unités de restauration, d’hôtellerie et les industries de production des chips et de biscuits.

Le volume important de la machine n’est par contre pas propice à un usage ménager. Nous avons donc entrepris de concevoir un modèle à l’attention des ménages ; il devrait être mis sur pieds sous peu.

Si le produit venait à être mis sur le marché, à quel prix envisagerais-tu sa mise en vente?

Vous savez que le prix d’un produit est fonction de la quantité demandée. Pour le moment, j’envisagerai de l’écouler à 500 000 F CFA l’unité.

As-tu rencontré des personnes/organismes qui assistent les ingénieurs dans la conception et la commercialisation de leurs produits ?  

Je n’ai pas connaissance d’une telle institution. Si jamais vous connaissez des plates-formes qui peuvent venir en aide aux  jeunes comme moi, ça me ferait énormément plaisir.

Qu’est-ce que tu pourrais attendre d’une telle plate-forme ?

J’attendrais d’une telle plate-forme qu’elle m’aide à acquérir des compétences managériales pour faire une étude de marché plus précise ; ainsi que des compétences commerciales pour m’aider à commercialiser cette machine à grande échelle.

Merci Léolein de nous avoir permis, à travers cette interview, de découvrir le génie de la Jeunesse Camerounaise.

Christian Ngan – Chef d’entreprise

Douala - Septembre 2013 036

Découvrez aujourd’hui le portrait de Christian Ngan, fondateur de la marque de produits cosmétiques Madlyn Cazalis. Exemple parfait du “self made man africain”, il est aussi à la tête de Goldsky Partners, société gérante de la marque.


Bonjour Monsieur Christian Ngan, vous êtes le fondateur de Madlyn Cazalis et de Goldsky Partners. Pourriez-vous en quelques lignes vous présenter et nous dire quand et comment vous est venue l’idée d’entreprendre? 

Bonjour et merci de m’avoir reçu. Je suis Christian Ngan, j’ai fondé Madlyn Cazalis, une marque de produits cosmétiques naturels, 100% africaine, destinée aux peaux noires et métissées. Nous produisons des laits de toilette, lotions, crèmes, gommages, masques, savons et sérums et luttons férocement contre les produits éclaircissants. Je suis détenteur d’une Maîtrise de Gestion et d’un Master 2 en Affaires Internationales de l’université Sorbonne, ainsi qu’un Master en Ingénierie Financière de l’EM Lyon. J’ai travaillé durant plusieurs années dans l’univers du Capital Investissement et des fusions-acquisitions. En 2012, j’ai présenté ma démission et je suis rentré au Cameroun pour créer Goldsky Partners, société qui gère la marque Madlyn Cazalis.

 

Qu’est ce qui a motivé votre choix de rentrer entreprendre au Cameroun? 

J’ai toujours eu ce besoin d’entreprendre en Afrique, cette envie d’être mon propre patron et d’investir dans des projets sur le continent. A défaut de devoir attendre 10 à 15 ans pour devenir Managing Partner d’une banque d’affaires ou d’un fonds d’investissement, je me suis demandé pourquoi ne pas réaliser mes rêves tout de suite ? J’ai donc décidé à l’âge de 28 ans, de piloter mon propre projet d’investissement. 

Pourquoi avoir choisi d’investir dans le domaine des cosmétiques? 

J’ai fait un constat amer lors de mon voyage au Cameroun en 2010 : le « décapage » faisait des ravages et je ne comprenais pas comment mes sœurs africaines pouvaient continuer à détruire leur peau de la sorte. J’ai fait un second constat, la plupart des produits vendus au Cameroun sont soit dépigmentant soit adaptés aux peaux blanches. Or l’Afrique bouge et les africains réclament de plus en plus des produits qui leur ressemblent, des produits adaptés à leur identité. J’y ai vu une opportunité d’apporter des solutions à toutes ces femmes mais également aux hommes, que l’industrie cosmétique a souvent tendance à oublier. Madlyn Cazalis a pour objectif de créer des produits de qualité dont les africains seront fiers. Nous comptons aujourd’hui plus d’une vingtaine de points de vente et notre réseau s’étend progressivement en Afrique Centrale. La société a de très grandes ambitions pour les années à venir.

 

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Vous êtes pour la jeune génération camerounaise, un exemple de « self-made man ». Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées dans le développement de vos activités et comment les avez-vous surmontées ? Quelle analyse feriez-vous de la demande camerounaise vis à vis de votre secteur d’activités?

Je vais sans aucun doute vous étonner, mais les principales difficultés que l’on rencontre lorsqu’on démarre une activité entrepreneuriale ne sont pas forcément celles liées aux capitaux financiers. La plus grande difficulté est de se lancer, de se donner le courage de tout laisser et repartir « à zéro ». Je dois avouer que l’environnement économique camerounais peut souvent s’avérer hostile et très négatif. On ne fait pas beaucoup confiance aux jeunes, l’atmosphère est dominée par la gérontocratie parce qu’on a cette tendance à estimer que vieillesse égale compétence, ce qui est absolument faux. L’Afrique regorge d’une quantité insoupçonnée de jeunes entrepreneurs très actifs. Dommage que les pouvoirs publics ne les encouragent pas assez. Sur le terrain, je crois que les gens ne sont pas suffisamment disposés à accueillir l’innovation et la créativité, de même, le volet administratif souvent contraignant peut  décourager quelques-uns. Personnellement je pense qu’un entrepreneur reste un entrepreneur qu’il soit au Cameroun, au Bangladesh ou en Argentine, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs. Je crois que la force d’un entrepreneur c’est de pouvoir s’adapter à toutes les situations peu importe les difficultés. Avec des difficultés au départ, la victoire n’est-elle pas plus belle et savoureuse ? Pour ce qui est de la demande camerounaise, elle est assez exigeante et très changeante. Les camerounais aiment bien la mode et les dernières tendances, ils ont besoin de produits de qualité dont ils sont fières, des produits pour eux, et par eux. L’Homme africain commence à prendre conscience de ses potentialités et des ravages liés aux produits décapants (peau abimée, dérèglements hormonaux, cancers etc.). L’éveil de conscience en termes de santé publique engendre donc un retour au naturel lié à la réappropriation de notre identité.

 


”  la force d’un entrepreneur c’est de pouvoir s’adapter à toutes les situations peu importe les difficultés.”

Lors d’une précédente interview, vous parliez de l’ouverture d’un centre exclusivement dédié aux produits Madlyn Cazalis, qu’en est-il? D’après vous, quels seraient les avantages d’une collaboration étroite entre talents locaux et ceux de la diaspora ?

Pour le moment, l’ouverture d’un centre n’est pas encore d’actualité. Cela faisait partie du projet initial mais nous avons opéré le choix nous concentrer sur la gestion de notre réseau de distribution préexistant. Nos clients peuvent se ravitailler chez nos Distributeur Agréé Madlyn Cazalis. Concernant les avantages d’une collaboration, les talents locaux pourront apporter à ceux de la diaspora leur maîtrise de l’environnement, et ceux de la diaspora une autre manière de voir les choses.

 Comment entrevoyez-vous cette coopération ?

Je crois qu’il ne faut pas faire la distinction entre les talents locaux et ceux de la diaspora. Nous devons former un front uni pour le développement. La division est justement ce qui nous frêne. Il faut éviter que certains jeunes de la diaspora ne prennent leurs congénères demeurés au pays de haut, et que certains locaux ne développent des complexes. Nous sommes avant tout des jeunes camerounais et l’échange doit se faire des deux côtés sans arrières pensées. La pire erreur qu’un jeune de la diaspora puisse faire en rentrant est de se dire « je sais tout parce que je suis allé en France ou aux Etats-Unis ». Tout le monde peut apprendre de l’autre, il n’existe donc pour moi aucune frontière à l’échange.

 

Etant un jeune chef d’entreprise au Cameroun, vous faites certainement des rencontres avec de nombreux jeunes entrepreneurs et porteurs de projets. Quel est votre sentiment vis-à-vis de leurs offres ?

Je suis fière de constater que ces dernières années, de plus en plus de jeunes prennent l’initiative de rentrer s’installer au pays pour y développer des projets. Depuis que je suis rentré au Cameroun en 2012, une dizaine d’amis basés en Europe ou aux Etats-Unis sont eux aussi rentrés définitivement. Depuis, j’ai dû croiser plus d’une vingtaine de jeunes comme moi qui développent des projets intéressants dans divers secteurs (santé, médias, immobilier, ressources humaines, informatique, musique etc.). Je crois qu’en créant des synergies nous pourrons aller très loin. Lorsqu’on est seul on va vite, lorsqu’on est en groupe on va loin. Vous devez connaître cette citation.

Dans quels secteurs de l’économie pensez-vous que les jeunes entrepreneurs camerounais auraient des propositions intéressantes pour l’Afrique et le reste de la planète ?

Je crois que les secteurs ne manquent pas, d’autant plus qu’on observe un manque de solutions créatives dans notre environnement des affaires. Nous avons un manque cruel d’infrastructures, de systèmes efficaces de santé, d’activités culturelles (le Cameroun ne compte plus aucun cinéma par exemple, une honte !), d’activités à fortes intensité capitalistiques, d’agro-industries. De nombreuses opportunités s’offrent aux jeunes entrepreneurs camerounais et africains mais il faut bien penser son projet et bien évaluer les risques avant de se lancer même si un secteur semble très alléchant à première vue.

 

Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui souhaite entreprendre ?

Avant tout, j’encouragerai chaque jeune à bien penser son projet avant de se lancer, mais une fois tous les éléments en tête, lancez-vous immédiatement. L’attente ; l’immobilisme et la procrastination sont les ennemis de l’entrepreneur. Foncez et ne vous dites pas que c’est l’argent qui fera votre projet. C’est le projet qui fait l’argent et non le contraire. Il vous faudra certes un apport minimum, mais j’incite les jeunes à apprendre à commencer à l’échelle 0 et à croître progressivement. Ne vous laissez pas polluer par les critiques mais soyez à l’écoute des conseils, soyez humbles et apprenez chaque jours. Laissez votre orgueil, les dépenses futiles et la théorie de côté. Un seul mot : « foncez » !

 

Merci de nous avoir accordé cette interview.