Olivia MUKAM – Chef d’entreprise , Fondatrice de Harambe

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Récemment nommée au sein de Microsoft 4frika Advisory Council. Découvrez aujourd’hui Olivia Mukam. Fondatrice de HARAMBE Cameroon, elle est aussi promotrice de la PME SOLUTIONNEURS SARL.

Bonsoir Mademoiselle Olivia Mukam, vous êtes la fondatrice de HARAMBE CAMEROON et de la PME SOLUTIONNEURS SARL. Pourriez-vous en quelques lignes, vous présenter et nous dire comment vous est venue l’idée de créer votre association et votre PME ?

Je me nomme Olivia MUKAM. Je me décrirais comme une « activiste sociale » et un entrepreneur néophyte ; une camerounaise, une africaine. Ma passion est d’être serviable et utile à ma communauté, en boostant d’autres personnes autour de moi car c’est en donnant que l’on reçoit : « Giving is a living ».

C’est en partant de ce postulat que j’ai développé l’idée de créer HARAMBE en 2008. J’étais étudiante aux Etats-Unis et je participais au programme  du Harambe Entrepreneur Alliance (HEA) : Une organisation qui vise à  réunir des jeunes africains de la Diaspora désireux d’apporter de nouvelles idées et initiatives  au développement de l’Afrique. L’idée  d’Harambe Cameroun part du principe d’inciter les jeunes camerounais à trouver des solutions entrepreneuriales  en partant des problèmes quotidiens que rencontrent leurs environnements respectifs. Il s’agit d’encourager les jeunes à être des acteurs dans le processus de développement du Cameroun. Cela fait quatre ans aujourd’hui que nous œuvrons dans les lycées, collèges et facultés universitaires.

J’ai cofondée la PME « SOLUTIONNEURS » SARL  avec mon associé Charlie Wandji, expert-comptable de formation. Nous avons observé l’énorme potentiel que représentaient les étudiants d’HARAMBE CMR (de N’Gaoundéré, Bangangté, Buea, Yaoundé, à Douala), et nous avons décidé d’incarner ce que nous prêchions, en créant nous-même une entreprise. Ayant comme fondation, une base de données de plus de 500 jeunes à travers le pays,  Solutionneurs SARL a capitalisé sur le savoir-faire de jeunes compétents,  en exécutant des micro-tâches externalisées pour des entrepreneurs et PME venant des USA, UK et Nigéria. Le modèle de la PME est de soumissionner pour des projets/micro-tâches et de dispatcher le travail à un groupe de jeunes exerçant dans le domaine spécifié. Nous proposons une large palette de services : Comptabilité, traduction, logo design, data-entry, internet research, marketing de proximité, recherche légale, et autres.

Vous êtes, pour les jeunes du Cameroun, une source d’inspiration dans le domaine de l’entrepreneuriat social. Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez dû faire face  dans le développement de vos activités?

Je peux humblement dire que les trois années de mon parcours en tant qu’entrepreneur au Cameroun, ont été plus qu’une école : Un réel apprentissage au quotidien. Comme l’indique notre slogan,  nous devons transformer nos problèmes en opportunités. A chaque fois que j’ai eu à rencontrer des problèmes, j’ai dû trouver la force pour m’auto-convaincre de ne pas laisser tomber !

Le premier obstacle a été celui de convaincre ces jeunes que nous souhaitions inspirer. Nous devions les encourager à s’impliquer davantage. Il fallait les persuader de croire en HARAMBE, en nos idéaux et notre modèle de développement. Nous avons organisé une multitude d’activités pour motiver les jeunes sur le terrain.

La seconde difficulté a été d’ordre logistique. Notre bureau de Yaoundé a été cambriolé à deux reprises, ce qui a considérablement ralentit notre évolution sur le plan matériel. Psychologiquement, vous devez vous remotivez pour avancer ! Nous avons ensuite fait face à des détournements multiples d’argent de la part de certains volontaires de l’organisation. Ce fût extrêmement décourageant ! Heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de mes parents qui sont également  des entrepreneurs. En écoutant leur histoire, j’ai fini par me rendre compte que je n’étais même pas encore parvenu à la moitié du chemin à parcourir! J’ai donc commencé à relativiser ma situation et j’ai découvert que d’autres jeunes leaders de la société civile camerounaise rencontraient au quotidien les mêmes difficultés que les miennes.

Les témoignages des jeunes pour qui nous œuvrions, dont certains ont créé des Juniors Entreprises dans leurs universités, et d’autres utilisé l’esprit Harambe (Dynamisme et résolutions de problèmes) dans leur milieu professionnel, m’ont permis de mesurer  l’impact de nos actions.  Quelque soient les obstacles aujourd’hui, je ne pense plus qu’à mener mon projet à terme.

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En tant que leader jeunes, quelles seraient pour vous les avantages d’une collaboration entre les entrepreneurs locaux et ceux de la diaspora ?

C’est une question pertinente qui mérite d’être longuement mûrie. A travers mon organisation, j’ai réalisé que dans la dynamique que nous vulgarisons, la diaspora pourrait énormément apporter en termes de business et de rentabilité, mais aussi de tutorat- mentorat. Les membres de la diaspora se situent aux frontières de la transmission d’informations et peuvent favoriser l’entraide en  créant des réseaux !

HARAMBE a connecté des jeunes porteurs de projets à des potentiels investisseurs de la diaspora. En 2013, nous avons pu mettre en réseau en six projets à travers  la compétition « Solutionneurs2013 ». La diaspora a également besoin des jeunes locaux pour les  aider à  implémenter les projets sur le terrain.

Beaucoup d’entrepreneurs locaux œuvrent dans le noir et ne communiquent pas assez autour de leurs idées et de leurs réalisations. Je pense qu’être connecté avec la diaspora représente un avantage certain pour élargir les champs d’expression et les perspectives des entrepreneurs locaux.

Dans quels secteurs pensez-vous que les jeunes entrepreneurs camerounais devraient investir et s’investir?

Partant du principe des avantages comparatifs, je pense que le premier secteur est celui des services. Deuxièmement, il  y a le potentiel agricole camerounais qui est très peu valorisé. La demande en produits maraichers et en denrées de première nécessité dans la sous-région Afrique centrale est largement supérieure à l’offre locale. Les jeunes ont donc à leur portée  cette manne intarissable qu’est l’agriculture et peuvent en faire une source de revenus de premier plan. J’y vois même une solution concrète pour sortir de la pauvreté et pallier aux problématiques de chômage et de sous-emploi des jeunes. Cependant cela doit absolument être encadré par les pouvoirs publics.

Que pensez-vous de l’apport des TIC dans le développement de l’entrepreneuriat Jeunesse?

Beaucoup de porteurs de projets proposent des solutions TIC aux problèmes sociaux. Malheureusement, ils ne disposent pas toujours de fonds nécessaires pour peaufiner leurs projets. Les TIC sont cruciales pour accentuer et étendre  l’impact socioéconomique de l’entreprenariat jeunesse.

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Quels conseils à l’attention de ces jeunes qui veulent entreprendre aujourd’hui ?

Il faut avoir une vision claire de ce que l’on veut faire, parce que sans vision, il est difficile de surmonter les épreuves. Ici au Cameroun, il faut encore multiplier l’effort par 10 pour les jeunes et par 20 pour les femmes !

Pour cela, il faut être stratégique et méthodique :

  • Organiser sa pensée  et mettre par écrit ses idées même les plus saugrenues ;
  • Analyser le marché  et l’environnement dans lequel nous voulons exercer, même si l’analyse se fait à petite échelle. Analyser précisément (i) la demande potentielle pour le produit/service que nous voulons offrir ; (ii) être conscient de l’offre existante déjà sur le marché, c’est à dire  les concurrents ; (iii) déterminer sa plus value ;  et (iv) rechercher les partenaires d’affaires adéquats.

A Harambe, la plupart des jeunes qui viennent à nous pour le coaching ne prennent pas le temps de bien « penser leur projet ». Ils n’effectuent pas les recherches approfondies nécessaires sur leurs idées, le nom de leur entreprise, le comment du positionnement leurs produits/services. Or, ces recherches sont primordiales pour la survie de leurs projets.

En couchant ainsi son idée sur papier, en effectuant les recherches nécessaires,  en faisant une analyse approfondie du marché, le porteur de projet peut développer une maquette pour démarrer la phase pilote de son projet. Le projet-pilote doit être structuré de telle manière à générer des fonds, ou à défaut, trouver une solution alternative de financement. Il m’a par exemple fallu trois ans pour comprendre que je ne pouvais pas continuer à exclusivement compter sur les sponsors pour financer les programmes et les activités d’HARAMBE. Avec le concours d’un de nos membres comptable de formation, nous sommes parvenus à créer un modèle économique pour générer les fonds afin de soutenir les œuvres de l’ONG. Solutionneurs SARL est donc notre solution aux problèmes de financement des activités de HARAMBE Cameroun.

 

Mademoiselle Olivia Mukam, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview.

2 réflexions au sujet de « Olivia MUKAM – Chef d’entreprise , Fondatrice de Harambe »

  1. Il faut avoir une vision claire de ce que l’on veut faire, parce que sans vision, il est difficile de surmonter les épreuves
    Merci Olivia

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