L’Engagement est-il solution?

  1. Définition de l’engagement
  2. S’engager seul ou à plusieurs
  3. La fraternité communautaire ou universelle
  4. Interview croisée Ibrahim DJAGRA et Frederik TCHOUNGUI

Définition de l’engagement

 Passons sur les poncifs, truismes ou banalités habituelles. Sur la définition de l’engagement. De l’implication. Des bienfaits et la bonne pensée qui imagine que celui qui ne ferait point comme elle ne serait guère un citoyen aux normes. Un sain chevalier de la morale. A la SJC, sachant que l’envie de penser la solution se jumelle à celle d’implémenter l’activité-solution, nous avons longtemps estimé que chacun de nous devait s’atteler à faire sa part. C’est par la part aussi minime soit-elle que chacun dans son environnement et contribuant à l’organisation de sa proximité : produit des fruits suaves susceptibles d’être goutés par un autrui, ces fruits pour contaminer une idée, l’idée de camerounité. La camerounité est semblable à un parfum qui se révèle plus qu’il ne se partage. Il ou elle.

S’engager seul ou à plusieurs ?

 Constatant que je suis parce que tu es. Nous sommes par le NOUS qui nous noue.
Commenter la question de l’engagement nous est donc toujours apparu : individuellement et en addition de consciences (lors de nos débats internes) comme une notion-mirage dont on voit l’illusion lointaine si réelle et en même temps avec la conscience de ce qu’elle n’est guère plus qu’un jeu entre la lumière et la perception.

L’engagement ne peut plus à l’ère actuelle et au vu du monde, de ses contingences se dissocier de la solidarité et de l’humanisme de chaque citoyen envers son voisin (immédiat ou lointain). Voir une opportunité juste, au service du bien vivre ensemble. Au-delà de l’apathie si souvent encouragée, parce qu’à la fin de la journée le « chacun pour soi » n’est pas “africain“ : voilà notre définition la plus récente de l’engagement !
Il se résumera donc toujours au niveau personnel, individuel en priorité. Un credo. Une vision. Une ambition. Une volonté de faire sans attendre la voix d’ailleurs. Un leitmotiv : je me soucie de toi parce que tu es vecteur d’humanité. Je manifeste mon empathie non par la poésie de mon cœur uniquement mais bien par et avec l’empathie de ma tête.

La fraternité communautaire ou universelle

S’engager, qu’est-ce sinon travailler au bénéfice d’autrui ! Résister, toujours au présent, aux sirènes de l’individualisme. Profiter de la libéralité pour accompagner la fraternité communautaire ou universelle. Résister à la corruption du tout marchand parce que nous sommes des hommes et que la solidarité renforce la cité. Résister : soi, par soi, avec des semblables pour la multitude. Résister en recherchant un sens et donc conséquemment d’abord une direction puis une signification.

Abordant le fameux sujet de fraternité, rapprochons-nous dès à présent de deux jeunes Camerounais engagés : M. Ibrahim DJAGRA et M. Frederik TCHOUNGUI.

SJC :Merci messieurs d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions. Commençons par la plus basique QUI ÊTES VOUS ?

 

Frederik TCHOUNGUI : Je suis actuellement ” Political Strategy and Intelligency associate ” au Parti Démocrate en Virginie aux Etats-Unis, pour la campagne de Monsieur Ralph Northam qui est actuellement Gouverneur-Adjoint de l’Etat de Virginie. Il se présente pour devenir Gouverneur de l’Etat de Virginie. Le “ Political Campaign Staff’ ’est celui qui formule et met en œuvre la stratégie nécessaire pour gagner une élection. Le cabinet dont je fais partie est constitué de 8 personnes. Il est directement rattaché au ‘’ Campaign Manager’’ qui est la plus haute fonction dans l’organigramme d’une campagne électorale aux Etats-unis. J’ai été coordinateur en chef au Parti Démocrate en Floride et en Virginie aux Etats-Unis pour la campagne d’Hillary CLINTON en 2016. J’ai occupé le poste de délégué National au mouvement des jeunes socialistes en France entre 2015 et 2016, j’ai également été le Directeur de campagne Lyon-centre pour le mouvement « En marche » de Emmanuel MACRON, aujourd’hui président de la république française. Je suis actuellement président de l’association “Génération Décomplexée Cameroun”. J’ai aussi été le co-fondateur du “collectif civilisés”, une association qui lutte contre le racisme et contribue à l’insertion des africains en France. J’ai également travaillé pour “SOS racisme” et enfin je suis traducteur (Français/ Anglais) pour le collectif “Femme Iran Liberté” qui milite pour la démocratie Iranienne contre le régime théocratique de ROHANI.

Ibrahim DJAGRA. : Je suis né à MORA Département du MAYO-SAVA considéré aujourd’hui comme étant la zone la plus affectée par BOKO HARAM au Cameroun. Je suis un Peace-builder (Acteur de promotion de la Paix) par profession et agriculteur par passion. Par ailleurs je suis le Président Régional du Conseil National de la Jeunesse pour la Région de l’Extrême-Nord. Parlant de la lutte contre BOKO HARAM, cela fait déjà plus de quatre ans que je travaille dans le domaine de la lutte contre l’extrémisme violent, en particulier contre le groupe terroriste islamique, BOKO HARAM. Pour atteindre ces objectifs, je me suis armé de plusieurs compétences en matière de volontariat, de leadership, de paix et de sécurité et d’esprit d’entreprise. Je suis titulaire d’une Licence professionnelle en Développement Personnel obtenue au CANADA ; J’ai acquis des compétences en Communication dans les zones conflictuelles “DO NO HARAM. Et diverses autres formation et training obtenues aux USA.

J’ai créé le premier centre privé de lutte contre la radicalisation, l’extrémisme violent et le terrorisme en Afrique subsaharienne basé à MORA appelé « Youth Center for Lasting Peace and Development». Ce centre a trois principaux domaines d’intérêt : le leadership pour la paix (#Leadership4Peace), l’esprit d’entreprise pour la paix (#Entrepreneurship4Peace) et le renforcement des stratégies de communication dans les zones sensibles aux conflits.

 

SJC : Quelle est votre définition de “s’engager/giving back to the community”

I.D. : Il s’agit pour moi d’un devoir patriotique, voilà pourquoi depuis le début de la crise en 2013 nous avons commencé à nous déployer sur le terrain contre l’enrôlement et l’allégeance des populations à la secte nébuleuse BOKO HARAM, à travers des campagnes de sensibilisation de masse dans les villages, des plaidoyers auprès des autorités administratives, militaires et auprès des partenaires aux développement et engagé aussi des séries de communications dans tous les neufs radios communautaires de la Région de l’Extrême-Nord afin de sensibiliser les populations.

Voici quelques exemples concrets de nos actions :

  • Mobilisation des volontaires pour assister les victimes des attentats kamikazes du marché central de MAROUA et du pont vert ; du marché de MORA et du camp élevage à MORA; et les victimes des attentats kamikazes à KERAWA et KOLOFATA ;
  • Organisation des activités civilo-militaires avec le General de la quatrième Région militaire inter-armée numéro 4 dans plusieurs localités affectées de la Région de l’Extrême-Nord ;
  • Nous avons organisé plusieurs campagnes de plaidoyer auprès des autorités administratives et municipales pour la consultation, la représentation et la prise en compte des aspirations des jeunes aux instances locales de prise des décisions ;
  • Nous avons organisé plusieurs forums en faveur des jeunes sur les opportunités économiques avec pour thème « Pour une jeunesse entreprenante et résiliente à l’extrémisme violent » afin de bloquer tout velléité d’enrôlement sous prétexte de manque d’opportunités économiques.
  • 250 campagnes de sensibilisation de masse dans plus de 150 villages de la Région de l’Extrême-Nord, 42 formations en faveurs des jeunes et des femmes sur la restauration et la préservation de la Paix ; 16 formations des dignitaires traditionnels et religieux sur la restauration et la préservation de la Paix ; Nous avons organisé sept championnats de football à MOKOLO, MORA, KOZA, MOZOGO, MOGODE, WAZA, KOUSSERI pour la promotion et la préservation de la Paix ;

Nous avons également mené plusieurs actions sur le plan international :

  • Créateurs d’une campagne internationale ayant pour but de fournir certaines victimes de BOKO HARAM du minimum vital https://www.leetchi.com/c/solidarity-marouas-citizens MAROUA  IN OUR HEARTS FUNDRAISING
  • Soutien à l’Association des veuves et des orphelins de MORA
  • Ambassadeur de la campagne de lutte contre la violence à l’égard des femmes est l’extrême nord du Cameroun HeforShe.org,
  • Lutte contre la prolifération illicite et l’utilisation abusive des armes légères et de petit calibre ;
  • Coordinateur du projet IDPs (Iternals Displaces Personns)
  • Installation à MORA d’un système de forage par la mobilisation du partenaire SNV
  • Membre de la campagne SMILEFORPEACE ayant pour but d’assister les victimes de BOKO HARAM.

Pour moi il s’agit tout d’abord un engagement personnel. Pourquoi personnel ? Tout simplement parce qu’aujourd’hui en tant que population nous sommes les premières victimes et nous avons payé un lourd tribu. Car c’est d’abord directement nos communautés qui sont affectées, nos parents, frères, sœurs et enfants qui sont tués, c’est nos maisons et nos biens qui sont pillés. Ensuite pour ma patrie je ne comprends pas que je puisse être en vie et qu’un désordre de cet ampleur s’installe sous mes yeux dans mon pays et que je sois indiffèrent face à la situation. Qui se retroussera les manches pour nous si nous même nous ne nous les retroussons pas pour notre nation ?

F.T. : Je vais introduire ma réponse par ma citation préférée, celle du Britannique Winston Churchill qui tenait de manière légèrement détournée pendant la seconde guerre mondiale les propos qui suivent : ‘’Peuple, je n’ai à vous offrir que de la sueur, des larmes et du sang, mais nous serons victorieux’’. C’est ainsi que je conçois mon engagement ! Dans le dur labeur, l’apprentissage, la découverte, l’humilité et l’intelligence. Il est important que mon engagement bénéficie aux autres et surtout à la communauté Camerounaise, la création de mon association “GDC” en atteste. La solidarité est l’une des valeurs qui me tient le plus à cœur.

La Politique représente pour moi, la meilleure manière d’influencer la société.  Car il est possible par de simples actions d’interpeller la société dans laquelle nous vivons, par exemple avec une pancarte revendicatrice. Mais également de mettre en place des Politiques sociales afin de lutter contre les inégalités et de promouvoir l’entrepreneuriat en réduisant les charges des entrepreneurs grâce à divers leviers qui favorisent leur accompagnement. L’éducation également est une priorité, car avec un bon enseignement, nous aurons des citoyens mieux formés pour relever les défis futurs.

La Politique depuis son avènement est le moyen le plus efficace de conduire la cité.

Je ne la conçois pas comme une façon de concentrer le pouvoir et d’être omnipotent, mais de partager le pouvoir avec tous les citoyens afin que le pays puisse être dirigé par tous. Non pas de manière anarchique, mais dans la prise en compte des besoins de réalisations du peuple.

SJC : Quels sont les sujets que vous souhaitez le plus influencer et dans quel sens (finalité) ?

F.T. : Les sujets que je souhaite le plus influencer sont les sujets Économiques et Sociaux en mettant en place des groupes de réflexions et d’actions qui favorisent le développement de l’entreprenariat au Cameroun, par le biais de forums sur ce sujet et l’importance de l’engagement bénévole dans sa communauté. Je pense personnellement que nous devons vraiment mettre un accent sur ces domaines car ce sont eux qui permettront à la jeunesse de réellement s’émanciper et de devenir encore plus solidaire. Car ne l’oublions pas, nous sommes malgré la diversité de nos orientations dans le même bateau et pour cela nous devons faire front commun.

Grâce à mes compétences dans le domaine de la stratégie Politique acquise hors du Cameroun, je pourrais partager mon savoir aux jeunes qui souhaitent être Politiquement autonomes. Toujours dans le respect des règles en vigueur de la constitution Camerounaise.

I.D. : Je souhaite influencer dans le domaine de l’entrepreneuriat et du leadership. Inciter les jeunes Camerounais à plus de dynamisme, et à la création d’encore plus d’initiatives privées ceci dans le but d’enlever de leurs têtes l’utopie et le carcan de la fonction publique qui est considéré pour eux comme étant la seule source et seul moyen pour la sécurité sociale.

SJC : Votre avis sur l’engagement de la Jeunesse Camerounaise ?!  Qu’est-ce que les jeunes peuvent faire de plus pour le bien commun/intérêt général à votre avis ?

I.D. : Cultiver davantage les valeurs patriotiques et le patriotisme ; Développer la dynamique des initiatives privées et faire preuve de leadership afin d’être à l’abri de toute velléité de manipulation. ‘’You know life’s not fair’’.

F.T. : La Jeunesse Camerounaise est une jeunesse résiliente, courageuse et déterminée. L’engagement ne peut uniquement se résumer à faire des actions politiques ou associatives, l’engagement va bien au-delà, c’est-à-dire s’aider soi-même au quotidien, aider les membres de sa famille et de sa communauté. C’est un acte solidaire qui est vraiment présent dans notre cosmogonie Camerounaise. La jeunesse Camerounaise même si parfois elle se perd dans des sujets sans importance pour le développement de notre pays, elle fait face avec brio à une situation économique et d’accès au travail assez difficile dans notre Pays. Quant à la jeunesse Camerounaise à l’étranger, nous disposons d’une diaspora qui excelle dans de nombreux domaines. Il serait important que nous mettions en place de réelles rencontres entre les locaux et ceux qui sont à l’extérieur afin d’apporter une vision future plus cohérente au Cameroun.

Concernant l’engagement Politique, je trouve que d’une manière générale, il est délaissé au profit de l’engagement associatif. Il faudrait que la Jeunesse Camerounaise se réapproprie son monde politique, en se basant sur le principe du multipartisme afin de créer des partis représentants et ressemblants à cette jeunesse diverse de par sa culture et sa formation. Au placard le vain tribalisme, créons un parti d’union national qui nous permettra de faire aboutir nos revendications. La jeunesse se doit de se constituer en réelle force politique dans ce pays.

Ainsi pour conclure alors que notre signature demeure : « Demain ne se construit qu’avec l’implication de chacun aujourd’hui », chacun(e) de vous est invité(e) à la réflexion seul(e) d’abord : Qui pour éteindre une maison en flammes si les mains sont plus occupées qu’à brandir leur téléphone afin d’informer le monde au lieu d’agir ici et maintenant : Qui ?

La SJC