Irma – Artiste

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Découvrez aujourd’hui, l’auteur-compositrice-interprète Irma. Après la sortie de son premier album “Letter to the Lord” en 2011, Irma revient avec nous sur les étapes qui ont jalonnées son parcours.


Bonjour Irma, vous êtes une chanteuse de renommée internationale, pourriez-vous en quelques lignes vous présenter et nous dire comment vous est venue l’idée de vous lancer dans le domaine professionnel de la musique ?

Bonjour ! Je suis une auteur compositrice interprète camerounaise de 25 ans. Je suis arrivée en France il y a 10 ans pour poursuivre mes études secondaires et supérieures. Je fais de la musique depuis que j’ai l’âge de 7 ans, mais je n’avais jamais pensé à en faire mon métier. J’ai composé mes premières chansons à la guitare à 11 ans. A l’époque,  j’y abordais tout ce qui me révoltait dans mon vécu quotidien dans la ville de Douala, notamment la pauvreté accrue dans un pays pourtant si riche. Je parlais de l’état déprimant des rues, des écoles et des institutions publiques, et de l’impression qu’en tant qu’africain, nous étions comme « condamnés » à toujours rêver notre bonheur ailleurs,  alors même que je demeurais persuadée que croire en nos forces  et avoir confiance en nous serait le premier pas vers une amélioration conséquente de nos conditions de vie.

C’est donc de cette révolte positive qu’est née l’envie de chanter et d’écrire mes propres textes. Ils parlaient toujours du positif qui peut naître de chaque situation, même les pires. Mes textes étaient inspirés par ma croyance que toutes nos expériences bonnes ou mauvaises sont des étapes vers un accomplissement plus grand qui va bien au-delà de nos personnes.  Ils étaient également inspirés aussi par ma conviction en ce que nous ne pouvons pas décider de ce que nous laisseront derrière nous, et donc, il faut simplement agir positivement et se contenter de la grâce que nous avons d’être celui ou celle que l’on est.

Le grand public et les producteurs vous ont découverte sur internet, pouvez-vous nous raconter comment cela s’est fait ?

En 2007, alors que j’étais en classe préparatoire aux grandes écoles de commerce, j’ai commencé à poster des vidéos de mes compositions sur Youtube.  C’était principalement pour me détendre et pour faire découvrir mes compositions à mes proches. Les vidéos ont commencé à avoir du succès et elles ont été mises en avant sur la première page de Youtube dans plusieurs pays. C’est de la sorte que j’ai été découverte et que j’ai par la suite été signée par mon label actuel, MyMajorCompany.

Vous chantez et composez en anglais, pensez-vous à faire un album en français ?

Pour l’instant c’est l’anglais qui me vient le plus naturellement lorsque je compose. Si un jour j’éprouve le besoin d’écrire en français, je le ferai avec le même enthousiasme.

Que pensez-vous de l’évolution de la musique camerounaise ?

Question musique camerounaise, je vous avouerai être restée cantonnée à mes classiques que sont Richard Bona et André Marie Tala. Je suis également une très grande fan de Blick Bassy. J’ai un peu séché l’évolution actuelle, mais ça ce n’est pas propre qu’à la musique camerounaise, je suis très « old school » dans tous mes goûts musicaux !

Avez-vous déjà pensé à collaborer avec de jeunes artistes camerounais ?

Des jeunes de mon âge, je n’en ai pas spécialement en tête. Par contre, mon rêve serait de pouvoir collaborer avec Richard Bona ou Blick Bassy.


Ce que l’on considère comme un échec, n’est en fait qu’une étape ou une expérience enrichissante de plus.”


Comment entrevoyez-vous cette coopération ?

Sous forme de duo, un mélange d’anglais, de douala et de français. Ça pourrait être très joli et fortement représentatif de nos métissages culturels.

Quels sont vos projets à moyen terme ?

En ce moment, je termine l’enregistrement de mon 2ème album à paraître en Europe en avril 2014. Je vais commencer à tourner les clips vidéo illustrant les principaux titres de l’album,  quelques-uns de ces tournages devraient d’ailleurs se faire au Cameroun. Je prépare également la tournée qui va accompagner la sortie de l’album, des dates prévues au Cameroun. J’ai hâte !

Beaucoup de jeunes camerounais rencontrent des difficultés lorsqu’ils veulent entreprendre. Quels conseils donneriez-vous à cette jeunesse qui souhaite réaliser ses rêves ?

Dans l’éducation qui nous est donnée, on valorise beaucoup le rationalisme comme modèle de réussite. On met en avant une rigueur du monde du travail que l’on oppose à tort à la créativité et à la passion.  Je pense que le premier pas vers la réalisation de ses rêves est de se libérer de cette vision de la réussite entrepreneuriale.

Pour cela, il faut commencer par se redéfinir et se revaloriser en tant que rêveur. Aujourd’hui nous nous définissons par le travail. Cela a pour conséquences de cantonner notre esprit dans un cadre très étriqué. Il faut trouver la force se dire, tous les matins au réveil,  « mon rêve n’est pas ridicule. Cette idée qui me trotte dans la tête n’est pas utopiste. Je dois dédier chaque seconde de ma vie à la rendre réelle, car c’est en la réalisant que je me réaliserai. Si je n’y parviens pas, ce n’est pas un échec, mais une étape et une expérience de plus vers mon épanouissement ».  Il faut pouvoir se dire que si un jour on a éprouvé un besoin, alors des millions de personnes ont probablement éprouvé le même besoin. Il y a donc un concept potentiel à créer et un marché à développer autour de ce besoin.

La vision « rationalisante » tue la créativité des jeunes, car elle définit celle-ci comme étant le seul apanage des « artistes ». Dans notre éducation conservatrice africaine, l’artiste rime malheureusement avec vie dévergondée, absence de rigueur, de valeurs et de stabilité. Je m’oppose à cette pensée établie. Je pense au contraire que notre créativité, si elle est travaillée et qu’on l’a cultivée, est ce que nous avons de plus précieux et de plus humain, quel que soit notre champ de compétences. Elle est celle qui nous porte vers la réalisation de nos rêves, car elle fait ressortir notre unicité.  Pour moi, tous les hommes sont interchangeables. La seule valeur ajoutée que nous pouvons apporter à notre travail est quelque chose qui vient de notre plus profond intérieur. Notre créativité.

La créativité s’applique à tous les domaines, qu’il s’agisse du marketing, de la communication, de la technologie et même de la science. Être créatif, c’est garder son œil et son esprit ouverts à toutes les possibilités et opportunités. C’est voir avec les yeux d’un enfant, c’est ne jamais se dire « je sais », mais toujours se mettre dans la peau de celui qui ne sait rien et qui découvre en permanence.

Le modèle éducatif dont nous sommes les produits stigmatise énormément l’échec. De fait, il paralyse les jeunes dans leur volonté d’entreprendre et de créer. Il faut rentrer dans un moule, travailler pour une « grande entreprise » et gagner un salaire mensuel décent. Je pense qu’il faut en finir avec cette vision de la « réussite ». Ce que l’on considère comme un échec, n’est en fait qu’une étape ou une expérience enrichissante de plus.

Pour terminer, je dirai aux jeunes camerounais qui ont du mal à entreprendre qu’il faut avoir confiance en ses forces. Il faut se rendre compte de la force surhumaine requise pour entreprendre au Cameroun et dans tous ces pays où la conjoncture économique est si désastreuse, dans ces pays où tout semble nous pousser à n’être que de simples exécutants. Bon nombre de modèles de réussite des pays développés que nous mettons sur des piédestaux pourraient difficilement faire vivre leur affaire plus d’une semaine, dans les conditions qui sont les nôtres. Et pourtant, des milliers d’entre nous se battent au quotidien pour monter des structures qui génèrent de la richesse et des emplois pour leurs compatriotes. Nous sommes vaillants ! Nous sommes des guerriers ! Nous sommes notre seul adversaire. Continuons de toujours donner le meilleur de nous-même, il n’existe de limites que celles que l’on se fixe soi-même.

Merci  Irma de nous  avoir accordé cette interview.

Une réflexion au sujet de « Irma – Artiste »

  1. “Ce que l’on considère comme un échec, n’est en fait qu’une étape ou une expérience enrichissante de plus.”
    merci Irma

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