African Experience of Tribal Art – Une immersion dans la pensée des premiers hommes

Le 18 Juillet 2015 se tenait dès 10 h à Paris l’ “African Experience of Tribal Art”, une excursion guidée au cœur des arts premiers africains. Sous la houlette de la Synergie de la Jeunesse Camerounaise, par le biais de sa filiale Europe, et de l’agence de tourisme Little Africa dirigée par Jacqueline Ngo MPII, la visite magnifiait à travers un itinéraire dans les ruelles parisiennes, le meilleur de l’art tribal d’Afrique, qu’elle soit centrale, orientale ou occidentale… Un fort condensé d’histoires et de traditions ancestrales qu’offrait cette expérience unique, aux participants venus assister à l’événement.

Jacqueline Statuts

Une découverte de l’Art Tribal africain, oui. Mais pourquoi à Paris ?

Nous nous sommes sans hésitation rendus à Paris, tout simplement parce que la ville représente le premier marché de l’art tribal dans le monde. En effet, l’engouement de la ville de Paris pour l’«Afriqu’art» commence au tout début du siècle dernier.

Petit retour dans le temps. Au début du 19ème siècle sont ouverts un peu partout en Europe des «zoos humains» où des indigènes africains sont exposés dans des enclos. A l’exemple de Saartjie Baartman plus connue sous le nom de la “Venus Hottentote”, qui fût le plus célèbre de ces personnages exposés et aliénés, dans les années 1810.

Puis en 1931, l’ethnologue Marcel Griaule organise le «Dakar – Paris», une mission visant la collection de données ethnographiques éparses, ainsi que d’objets d’art, qui plus tard seront conservés au musée d’Ethnographie du Trocadéro.

Evénement majeur également au cours de cette même année 1931 : l’exposition coloniale internationale, au cours de laquelle des scénarios de vie des peuples «autochtones» d’Afrique étaient recréés, et exposés tels un large panorama. Celle-ci avait alors pour but de justifier l’essence de la colonisation, et l’intérêt « d’apporter de la civilisation à ces peuples indigènes ». L’exposition coloniale déportera ainsi de nombreux africains, et des objets de leur quotidien, ce qui explique en partie la présence marquée de reliques tribales en France.

Tous ces événements une fois réunis, placent et à juste titre, l’Art tribal africain au cœur du marché de l’art en France. A tel point que certaines s’arrachent aujourd’hui à plusieurs millions d’euros dans des ventes aux enchères comme nous l’ont révélé Jacqueline MPII et quelques propriétaires de galeries. La pièce la plus chère enregistrée à ce jour, est un masque Fang venu du Gabon, vendu à près de 5,9 millions d’euros en juin 2006.

La visite débute, c’est parti !

Premier jet d’ancre de l’African Experience, 141 Boulevard Raspail devant la Galerie KANAGA (anciennement Galerie Vérité), première galerie parisienne ayant traité l’ «Art africain» proprement dit, ouverte en 1931.

Nous y apprenons la particularité de l’art tribal. Il n’est pas primairement destiné à «faire joli». Nos ancêtres étaient plus adeptes d’un art utilitaire, car chaque objet aujourd’hui exposé et admiré pour sa beauté, qu’il soit religieux, un talisman, ou d’usage commun (chaises, lances, boucliers, sabres …), avait été pensé pour subvenir à un besoin précis lié à la vie de la tribu. En d’autres termes, il n’y avait à cette époque pas « d’art pour l’art ».

Jacqueline ChapeauSecond point d’attache : Le Jardin du Luxembourg, ce lieu qui avec le Café Flore, constituait des sites phares d’inspiration pour les artistes français du début du XXème siècle.

De Matisse à Monet, en passant par Picasso et Braque, le jardin fut pendant longtemps l’eldorado de fanas du pinceau, qui après une rencontre fortuite avec un masque africain de Derain, verront leur travail influencé par les traits particuliers de cette pièce d’art, et des nuances marquées propres à l’art classique africain. Fruit de cette inspiration, « Les demoiselles d’Avignon » de Picasso, sur lequel l’une des demoiselles présente un visage aux allures de masque africain.

Ensuite direction la Maison de l’Afrique, une agence de voyage proposant des séjours un peu partout en Afrique, et abritant régulièrement dans leurs bureaux, des expositions thématiques sur l’Afrique. Sur le thème actuel du «pagne en politique», nous avons le plaisir d’y découvrir de très colorés tissus pagnes, aux effigies de différents chefs d’Etat africains, avant une petite escapade dans un parc voisin où trône une statue en l’honneur du célèbre poète Guillaume Apollinaire, artiste français ayant également beaucoup œuvré pour la reconnaissance de l’art africain dans le milieu artistique parisien.

Terminus en grandes pompes de cette odyssée : La Galerie GAM située au 13 rue Bonaparte, 75006 Paris.

Après une présentation détaillée de son travail, de ses moyens d’approvisionnement et de distribution, le galeriste pour le plus grand plaisir de ses hôtes, se lance dans un tutoriel intéressant sur des méthodes d’authentification des œuvres d’art.

Pour chaque article acheté, celui-ci à la possibilité de faire des tests pour certifier de l’ancienneté de la pièce. Le test le plus connu est celui au Carbone 14 mais étant très coûteux, il n’est utilisé que pour des œuvres de très grande valeur. Une alternative plus abordable est le « test argile », permettant d’identifier le type d’argile utilisé sur une pièce, donc par ricochet d’estimer l’âge de cette dernière (à 10 ans près).

Y étaient exposés des masques en tout genre, des statuettes, des épées forgées et autres pièces d’art, à des prix tenez-vous bien, allant jusqu’à 100 000 €. Impressionnant.

La Galerie GAM signe la fin de cette visite fort enrichissante, immersion au cœur du savoir-faire des premiers hommes d’Afrique. L’intérêt indéniable des participants, au regard de la horde de questions posées tout au long du parcours a été un point fort de l’excursion, pour le plus grand plaisir de notre guide Jacqueline qui a su apporter une réponse satisfaisante à chacune d’elles.

Jacqueline RepasPuis, vint l’heure du brunch collectif dans un restaurant, où tout le monde a continué à échanger avec Jacqueline et l’artiste Fred Ebami sur l’art africain en général, dans une ambiance bon enfant et autour d’un repas copieux.

Notre guide pour la visite des galeries, Jacqueline Ngo MPII, nous a confié pour vous un ensemble de lectures enrichissantes que nous nous empressons de partager. Elle est elle-même disposée à répondre à vos questions ou à vous conduire de manière individuelle ou collective durant cette escale africaine en plein cœur de Paris.

Lectures recommandées par Little Africa :

  • La France Noire ou le Paris Noir, Pascal Blanchard
  • Zoos Humains et Exhibitions Coloniales, Pascal Blanchard
  • L’Esthétique de l’Art Africain, Mbog Bassong
  • L’Invention du Sauvage, Exhibitions, Pascal Blanchard

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